28 février 2007

Ipol tient revue > V

Sur la brèche de la campagne présidentielle depuis quelques semaines, IPol nous offre régulièrement des minutes à savourer devant un café brûlant... C'est frais, alerte et relevé. Vivement le #06...


iPol#05
envoyé par iPolTV

Financement durable > P

J'ai travaillé dix ans au siège d'une grande banque française.
De cette expérience, je tire une règle simple qui met en lumière l'essor du capitalisme et la régression des secteurs publics depuis trente ans. Cette règle s'appelle la monétarisation.

"Monétariser" une activité, c'est imposer la monnaie comme seul référent dans le circuit de ses échanges. Cette métamorphose s'effectue à tout niveau, depuis les circuits d'approvisionnement et de distribution (qui deviennent de l'achat-vente) jusqu'à la capitalisation elle-même de l'organisme porteur (qui devient une entreprise à actionnariat privé).

La monétarisation fait disparaître toute forme d'échange et de participation qui ne soit pas exclusivement monétaire et marchande : gratuité, gestion publique, gestion collective, gestion sociale, troc, mutualisme...

En clair, monétariser une activité, c'est la faire basculer du côté de la sphère marchande au détriment des biens publics ou de l'économie sociale. En France, les activités susceptibles d'être totalement monétarisées sont encore nombreuses : la protection sociale, les services postaux aux particuliers, l'énergie, les prisons, le maintien de l'ordre, l'armée, les entreprises mutualistes, pour ne citer que des exemples.

Voilà pourquoi la doxa de la droite libérale fustige les formes de gestion qui ne sont pas monétaires et marchandes. Propager l'idée que toute autre forme de gestion est archaïque et peu efficace, c'est préparer les esprits à admettre que le procédé de la monétarisation est "naturel" et inéluctable.

Voilà pourquoi ma conviction est que la gauche doit non seulement arrêter la monétarisation des activités humaines, mais plus encore, inverser la tendance en sortant certains domaines de la sphère marchande. Utopie ? Pas sûr. Je vous lance une idée en pâture : on peut aujourd’hui créer une filière de financement durable, bénéficiant en priorité à l'économie sociale et solidaire. Elle pourrait être valorisée sous forme d'actions gérées par des fonds sociaux (paritaires ou publics), actions que tout un chacun pourrait acheter en sachant qu'il ne souscrit pas à une gestion spéculative mais à un développement durable. Les revenus de ces fonds sociaux devront donc être supérieur au taux d'intérêt de l'argent (2-3%), afin d'attirer les particuliers, mais sans commune mesure avec les objectifs de rentabilité (15 à 20%) que les cabinets de notation exigent des entreprises cotées en bourse.

Il ne s'agit pas d'une lubie.
Il faut retrouver le courage et le réalisme de toucher au coeur de l'économie, c'est-à-dire à son financement, si l'on souhaite réellement restaurer un partage équitable des richesses produites. Je crois moins à la taxation qu'à la maîtrise d'une partie des circuits financiers. Vous avez dit révolutionnaire ? Je réponds : socialisme et développement durable !