30 avril 2007

Quadrature des écarts > P

Une fois encore, partant du lien qui existe entre l'usage des mots et la géographie des idées, Jean Véronis présente une analyse étonnante : "Premier tour : La presse a fait mieux que les sondeurs".
A lire sur Agoravox ou sur Technologies du langage.

17 avril 2007

En attendant les Barbares > P

Aux rumeurs mauvaises, aux peurs qui poussent de leurs forces au pire.

14. EN ATTENDANT LES BARBARES

- Qu'attendons-nous, rassemblés sur l'agora ?

On dit que les Barbares seront là aujourd'hui.

- Pourquoi cette léthargie, au Sénat ?
Pourquoi les sénateurs restent-ils sans légiférer ?

Parce que les Barbares seront là aujourd'hui.
A quoi bon faire des lois à présent ?
Ce sont les Barbares qui bientôt les feront.

- Pourquoi notre empereur s'est-il levé si tôt ?
Pourquoi se tient-il devant la plus grande porte de la ville,
Solennel, assis sur son trône, coiffé de sa couronne ?

Parce que les Barbares seront là aujourd'hui
Et que notre empereur attend d'accueillir
Leur chef. Il a même préparé un parchemin
A lui remettre, où sont conférés
Nombreux titres et nombreuses dignités.

- Pourquoi nos deux consuls et nos préteurs sont-ils
Sortis aujourd'hui, vêtus de leurs toges rouges et brodées ?
Pourquoi ces bracelets sertis d'améthystes,
Ces bagues où étincellent des émeraudes polies ?
Pourquoi aujourd'hui ces cannes précieuses
Finement ciselées d'or et d'argent ?

Parce que les Barbares seront là aujourd'hui
Et que pareilles choses éblouissent les Barbares.

- Pourquoi nos habiles rhéteurs ne viennent-ils pas à l'ordinaire
Prononcer leurs discours et dire leur mot ?

Parce que les Barbares seront là aujourd'hui
et que l'éloquence et les harangues les ennuient.

- Pourquoi ce trouble, cette subite
Inquiétude ? - Comme les visages sont graves !
Pourquoi places et rues si vite désertées ?
Pourquoi chacun repart-il chez lui le visage soucieux ?

Parce que la nuit est tombée et que les Barbares ne sont pas venus
Et certains qui arrivent des frontières
Disent qu'il y a plus de Barbares.

Mais alors, qu'allons-nous devenir sans Barbares ?
Ces gens étaient en somme une solution.

Poème de Constantin Cavafy
Traduction de Socrate C. Zervos et Patricia Portier
Tiré de Cavafy, Oeuvres Poétiques, Imprimerie Nationale, nov. 1993

16 avril 2007

Le sondage est une marchandise > V

A J-6, les sondages se contredisent et s'en foutent éperdument. Ce n'est pas un hasard. La représentation du réel n'est pas, et ne sera jamais, la finalité des instituts qui vivent de ces chiffres.
A ceux qui voudraient en savoir plus, je vous invite à voir et à écouter Alain Garrigou, professeur de science politique à l'Université Paris X- Nanterre.
Un coup de chapeau à LaTélélibre.fr qui a réalisé et diffuse ce reportage.









J'ajoute un commentaire personnel. Il m'est arrivé - dans mon ancienne vie de cadre corpo - de commanditer des études auprès de deux des instituts français les plus réputés. C'est à ces occasions que j'ai découvert la méthode de la "correction". De quoi s'agit-il ? Très simple : à partir des données brutes issues de leurs enquêtes, lesdits instituts "corrigent" (!) les résultats : a) cette modification pouvant être de plusieurs points ( 5, 10, 15 %... on rêve !) ; b) les critères utilisés pour ces corrections étant on ne peut plus discutables : historiques des études passées, lissage des résultats considérés comme "extrêmes" ou "non représentatifs", voire "non opérants", survalorisation des résultats les plus cités.
En clair, les instituts maquillent les résultats bruts pour présenter une mariée plus belle et surtout, plus conforme aux attentes de l'acheteur.

Mais de quoi est fait un institut de sondage ? C'est une fusée à trois étages. En bas, une usine à récolter des chiffres, essentiellement des centres d'appels : sa finalité est de disposer de chiffres "utiles" (et non pas de chiffres "représentatifs d'une réalité"). Au milieu, une division statistique, qui ordonne les chiffres obtenus, les compare et les "corrige". En haut, une unité commerciale qui présente et vend le produit obtenu.

Le sondage est une marchandise.
Il est aux sciences humaines ce que le pétrole est à la chimie organique.

15 avril 2007

Femmes à louer > P

Peut-on aujourd'hui prendre le contrepied des dogmes politiquement corrects dans une campagne promotionnelle ? Oui. Mais les conditions sont drastiques. Il faut au prélable :
- être en belgique
- cibler une population capable d'ingérer un tel message
- ne pas avoir froid aux yeux

Autant dire que ça, on ne le verrait pas en France !Ce qui en dit long sur le conformisme généralisé des cerveaux dans notre pays. De l'impact de cette pensée formatée qui accepte que des femmes bien réelles soient privées de leurs libertés fondamentales (aller et venir par ex.) sous prétexte de différencialisme culturel ou religieux, mais qui crie à l'infamie quand "l'image de la femme" apparaît dégradée ou stéréotypée.

La vertu qui s'attache aux images plus qu'aux gens, c'est, ni plus ni moins, que l'avènement d'un monde de Tartuffe-es !

12 avril 2007

Gager, s'engager > G

S'engager, c'est gager qu'une société n'en vaut pas une autre.

Que la laïcité, pour prendre un gage qui m'est particulièrement cher, n'est pas soluble dans le communautarisme.

L'article d'Anne Marie Le Pourhiet, prof de droit public, est une véritable perle d'engagement, politiquement non-correcte :

la discrimination positive marque le « retour au droit des orangs-outans »

Quand l'auteur remarque qu'il "n'est plus certain que la capacité de discernement soit encore perçue comme une qualité dans nos sociétés", j'applaudis à tout rompre de mes grosses mains poilues.

Et puisque nous sommes sur le site de l'Observatoire du Communautarisme, je ne peux repartir sans lancer des encouragements sonores à Sophia Chikirou, une amie socialiste dont je gage qu'elle deviendra ce qu'elle est déjà : une personnalité puissante de ses engagements.
Sophia est à lire ici ou encore et surtout . Elle a écrit un livre au titre évocateur : "Ma France laïque" mais je n'en parle pas, je n'ai pas lu. Pas encore ! Courage, Sophia ! Bats-toi, ma camarade ! La soap-gouvernance, nous la mettrons à bas.

03 avril 2007

Néosapiens > P

Néosapiens. Un mot néologique façonnable dans une utopie sincère. Pensez donc !
Renouveler la trame de nos neurones. "Suivre nos lignes de fuite" comme dirait Alain.
J'entends : C'est quoi, c'est quoi ?

"Néosapiens est un magazine d'actualités sur l'engagement individuel, la protection de l'environnement, les questions sociales et humanitaires, le commerce bio et équitable, les ONG, les associations et toutes les initiatives qui contribuent à un monde meilleur. "
Waouh ! C'est beau, ça vit, c'est plein de vingtenaires, de trentenaires, de quarantenaires aux visages en forme de planète, y'a du vert, de l'orange, ça souffle, de l'air, de l'iode et des bouffées de pétrole parce que le monde est encore comme ça. Rien à dire.
Ou plutôt si : bravo!
Bravo à Yves qui a porté ce projet
(de Noé à Néo) contre les vents et les marées du pessimisme et qui n'a pas fléchi en dépit des regards torves mortifères de cette génération de cinquantenaires et plus, babyboomers archaïques, qui n'en finissent pas de prendre toute la place avec des idées rabougries et froides, finies, antedilusoires.

Vite, vite. Tourner la page...


Le numéro 1 est en kiosque.
On peut aussi déguster une version à feuilleter directement en ligne.

Je n'achèterai pas le second numéro.
On a préféré s'abonner.
;)