07 octobre 2009

"et leur haleine est rance" > P

Sylvie Germain mène une quête époustouflante de clairvoyance, de déchirure, de décantation. Et sa langue libère. Elle dirait peut-être que cette langue n'est pas sienne mais nôtre, ou qu'elle nous la rend.

Ce passage suit celui des voix pleines et belles - celles qui savent s'étonner.

"Il y a des voix mornes, terriblement ennuyeuses, même quand elles claironnent, vitupèrent ou roucoulent, se croyant drôles, insolentes, et revendiquant à grand fracas une illusoire originalité, une pertinence en toc. Mais pourquoi ces voix creuses et pédantes se tairaient-elles puisqu'elles font florès et émoustillent un large public en mal d'émotions faciles à digérer, d'admirations molles et de scandales en kit ? Ces voix plaquées or se gargarisent d'une grandeur qui leur fait foncièrement défaut, et leur haleine est rance."
(p. 239) Chanson des mal-aimants, Sylvie Germain, NRF 2002

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