20 octobre 2010

Elle est bientôt finie cette nuit du Fouquet’s ? > V


On a pu les voir, les croiser, au détour d'un article ou d'un reportage sur les cortèges de manifestants... Ce sont les banderoles brandies par les femmes et les hommes du Théâtre du Soleil d'Ariane Mnouchkine. Et comment ils flottent, ces messages, ces drapeaux bleu-blanc-rouge, comment ils résonnent ces tocsins et ces cris de guetteurs et cette musique de chambre, pleine rue ! Il y a quelque chose d'ancien et de nouveau, quelque chose qui bouleverse les âges, il y a comme une onde qui remonte l'échine à travers les temps.

Dans un récent entretien au Monde, Ariane Mnouchkine, parlant au nom de sa troupe, estimait qu'il leur fallait manifester "avec les moyens du théâtre. Parce que c'est justement son rôle, d'incarner du sens, de donner une forme à des rituels qui peuvent être un peu fatigués". "Et puis, dit-elle, nous voulions partager cette inquiétude à notre façon, en apportant de la joie, de l'émotion, de l'enthousiasme, et accompagner cette énergie d'un pays qui se réveille."

Florilège de leurs messages de réveil...
On a de tout avec de l’argent,
Hormis des moeurs et des citoyens.
J.J Rousseau

Elle est bientôt finie cette nuit du Fouquet’s ?
Le Peuple

Les frelons ne sucent pas le sang des aigles
Mais pillent les ruches des abeilles.
Shakespeare

Ce n’est pas dans un palais de peur que l’Espoir entrera.
Eschyle (Agamemnon)


Quand l’Ordre est injustice
le Désordre est déjà un Commencement de Justice.
Romain Rolland (Le 14 juillet)

A présent des révoltes incessantes lui reprochent ses parjures.
Ceux qu’il commande n’agissent que sur commande. Rien par amour.
Et maintenant il sent son titre qui pend, flasque, sur lui
Comme la robe d’un géant sur un faussaire nain.
Shakespeare (Macbeth)

L’économie est la science du partage.
photo : ©Pedro Guimarães
Manifestation contre la reforme des retraites - 16 octobre 2010

Que rajouter ? Merci, troupe du théâtre du Soleil, parleurs, haut, vivant et vibrant ! Surtout, n'en restez pas là, revenez dans la rue !

18 octobre 2010

La bonne affaire des "Sarkozy frères" ! > P


Guillaume Sarkozy, le frère du Président de la République, patron du groupe Malakoff Médéric, crée une joint venture avec la Caisse des dépôts et consignations (CDC) et sa filiale la CNP. Son but : profiter de l'assèchement du système de retraite par répartition pour le remplacer en partie par un système privé, copie conforme des fonds de pension américains.

Le site Mediapart a récemment rendu publique cette information... sidérante et combien significative ! Hélas, les grands media, journaux papier et télévisés, ont jeté un mouchoir pudique (ou plutôt, un voile épais) sur cette nouvelle qui, dans une démocratie moderne, aurait dû faire la une partout. Qu'on en juge !

La "galette" financière de ce nouveau marché est estimée, à terme, à 110 milliards d'euros, avec un retour sur investissement prévu à plus de 11%. Gérard Ménéroud, l'un des dirigeants de la CNP, qui est aussi le président de l'Arrco, le régime public de retraite complémentaire des salariés, résume ainsi les enjeux de ce projet auquel il a pleinement contribué :

«Le système de retraite évolue assez profondément. Les taux futurs de remplacement des systèmes par répartition sont estimés à 50%. Pour compenser, les retraités pourront puiser sur leurs réserves d'épargne ou transformer leur résidence principale en rente viagère selon une mécanique qui reste à mettre en œuvre. Pour les générations les plus jeunes, 35-50 ans, un complément d'épargne est à constituer ce qui générerait un flux annuel de 40 à 110 milliards d'euros supplémentaires à comparer aux 80 milliards du marché de l'assurance vie d'aujourd'hui.»
Une grosse, très grosse et très belle affaire ! On comprend mieux pourquoi Fillon et Sarkozy ont fixé 2018 comme date seuil de l'actuelle réforme des retraites, alors que la plupart des grands pays européens ont établi un calendrier beaucoup moins pressé, aux alentours de 2025-2030.

Dans quel pays le propre frère du président de la République pourrait-il réaliser une telle raffle de gros sous, avec le soutien du bras financier de l'état (la CDC et la CNP), en bénéficiant directement de la réforme du système de retraite que mène de son côté le Président lui-même ?

Sur l'échelle des conflits d'intérêt, Eric Woerth est un petit joueur. Il a beaucoup à apprendre des frères Sarkozy, les gros poissons de cette mare boueuse. La France est tombée bas, très bas, entre les mains d'un cercle de voyous, très semblable au capitalisme du Second Empire, avec ses trois piliers : un petit homme autoritaire et ses courtisans, un milieu d'affaires cynique et corrupteur, l'emploi de la peur, de la police et de la force armée pour tenir la populace.

Mais nous sommes en 2010. Et c'est à nous qu'il appartient aujourd'hui de se battre pour la république ! Je ne veux pas de ce monde des "Sarkozy frères" pour mes enfants.

14 octobre 2010

La fin du courage > G


Un peu d'air frais, beaucoup d'eau vive dans les propos de la philosophe Cynthia Fleury, qui parle dans un court entretien radiophonique de son livre « La fin du courage » (Fayard) :


Le courage ne paye pas
envoyé par robin1423. - L'actualité du moment en vidéo.

Morceaux choisis dans cet entretien :

(4'56") : "... toute l'idéologie d'aujourd'hui, c'est une idéologie de la réussite, c'est-à-dire une idéologie basée sur le résultat. Le courage, c'est l'anti-réussite. C'est quelque chose qui vous fait sujet, non pas parce que vous allez réussir, mais parce que vous êtes courageux, ce qui n'a rien à voir."

(5'53") : "...toute conscience un peu sensible est mélancolique. Forcément. Mais, le problème de la mélancolie, c'est que c'est une théorie de l'inaction ; et ça vous met à terre, ça vous met par terre même, tout en vous donnant - et c'est là où c'est sournois - le sentiment de votre supériorité. Parce que les mélancoliques pensent quand même avoir une conscience supérieure du monde. Et ça vous met à terre tout de même. Donc, le courage, c'est intéressant, parce que ça maintient un rapport mélancolique au monde, qui, je pense, est le rapport distancié au monde - assez logique - et en même temps, ça vous laisse dans une théorie de l'action et donc, dans une théorie, quand même, du pari pour le monde, du pari pour une certaine espérance."

Et moi, je cours acheter "la fin du courage" - et j'entends en écho, "la faim du courage".


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Dans un autre entretien, Cynthia Fleury évoquait ainsi son rapport au monde :

« Je considère que la philosophie est du côté de l’incomplétude. C’est par manque, par incapacité, par “inaptitude à” que j’en suis là. Je pense que si j’avais le sentiment d’une quelconque maîtrise et que si ma relation avec l’existence allait de soi, je ne serais pas dans cet univers de la philosophie. N’étant pas dans un rapport d’évidence avec la vie au jour le jour, il m’a fallu trouver une astuce pour participer tout de même à ce “grand jeu”. Chacun la sienne. Moi, ç’a été la philosophie, parce qu’elle me paraissait génératrice d’“épiphanies”. Une manière d’expérimenter la grâce hors du champ du sacré. »


En troquant "philosophie" par "écriture", je me suis soudain souvenu pourquoi je m'étais mis en tête, un jour, d'écrire (encore que on ne soit pas forcément le sujet d'une telle phrase, peut-être un complément).

10 octobre 2010

Ceux qui nous veulent du bien > V

Ayerdhal,
Stéphane Beauverger,
Paul Beorn,
Bernard Camus,
Sébastien Cevey,
Philippe Curval,
Alain Damasio,
Danel,
Thomas Day,
Léo Henry,
Éric Holstein,
Gulzar Joby,
Camille Leboulanger,
Prune Matéo,
Jacques Mucchielli,
Jeff Noon,
Jérôme Olinon.


Dix-sept auteurs, la Ligue des droits de l'homme et la Volte livrent un recueil de combat.
En librairie le 7 octobre 2010.