20 décembre 2004

Bouche décousue > R

Priape tient de son père qui fut un homme en tout excessif, un corps difforme et obèse. Des cuisses énormes, un ventre trois fois rebondi, des épaules de portefaix sous un cou bovin, c'est une masse qui avale l'air plutôt qu'il ne la respire. Il porte barbe et cheveux tressés. Dans ses yeux, on devine que la porte qui mène à l'âme est ouverte aux quatre vents. Mais gare à l'intrépide ! Qu'il ne vienne pas se plaindre s'il s'est perdu en chemin.
Priape mange beaucoup mais boit plus encore. Il garde toujours en suffisance le vin et l'eau-de-vie. Rassasié, il fume, puisant dans une large sacoche sa provision d'herbes. Lorsqu'il parle, sa voix reste basse, comme accrochée à la terre. Son caractère est à son image: puissant et pesant. Il est impossible à satisfaire comme seuls le sont les plus enquiquineurs des vieilles personnes. Il n'a pourtant dansé que trente-trois fois à la Nuit du berger.

Priape Evhémeroï est le troisième fils du père de la tribu de Sékos-Lumpse -qui veut dire "Ceux-qui-écoutent". Il est né difforme et cache sa laideur sous une ample tunique. Quel que soit l'onguent ou l'huile dont il se ceint, son corps obèse empeste la toison de l'isard aux premiers jours du printemps.
A neuf ans, le chamanka du clan Sékos-Lumpse lui révéla le premier des neuf secrets de l'univers. A onze ans, une meute d'enfants s'empara de lui. Deux de ses frères, qui voulurent le délivrer, furent assommés et piétinés. Priape fut rudement traîné jusqu'au lac et jeté dans l'eau gelée de la montagne. A treize ans, le chamanka lui enseigna le second et dernier secret qu'il souhaitait lui transmettre, puis ordonna son exil car s'il devait vivre parmi le clan un jour de plus, le sang des hommes coulerait jusqu'à la plaine.
Priape est demeuré treize ans parmi les bêtes et les bergers. Ceux-là lui enseignèrent la poésie.Grâce à sa connaissance des secrets de l'univers -deux sur les neufs, ce qui faisait de lui un chamankour, un "marcheur parmi les esprits"- il put aider ces hommes de montagne, leur prodiguer des soins et attirer sur eux les bénédictions des torrents et des rivières.
A vingt-six ans, il partit au plus profond des forêts en quête du troisième secret de l'univers. Il fit la rencontre de Coros Proménij, un voyageur âgé autant qu'érudit. Priape confectionna un charme qui rendrait sa vigueur au vieil homme impotent et celui-ci, ravi, lui offrit en échange sa philosophie et tout ce qu'il y a à savoir de la géométrie et de la logique. Depuis qu'ils se sont quittés, Priape porte avec lui ce fardeau. Seule la boisson l'en libère. C'était l'année dernière.

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Priape est un personnage d'une histoire à coucher dehors que conte sur un forum Alain, toubib d'un songe troll.

2 commentaires:

Kiki a dit…

Persil et nèfles, l'haleine si pleine,
D'un sol père de scel, de sil et de sienne,
Silène sans P, sans pets
Mais qu'un C (r)ôté tût s'il est né
Car si l'anse qui est sienne,
Si l'aisne qu'il n'a saine,
Si lénifiante lésine, se lissait de sanie,
A ta face vilaine, ô Silène, d'un facile henné,
Le sel à tes cils dessille une scène :
Sénile silène, sans cils et sans laine,
Sans îles et sans ailes,
Silène si hellène, s'il est ne .......
Serait-ce Il et non Elle ?
S'il hennissait, alezane serait en robe sereine,
Si laie n'est sa Line, la soue n'est son lot ;
Silène sans senne n'est pas silure,
La laine pour l'un, la hure pour sûr,
Si laid n'est-il que pour plaire
Et s'il l'est n'a que faire
De sirène ce faux R
La vessie pleine, outre de méthylène,
Pour dormir, compte jusqu'à 6 laines,
Et Silène hume airs et vapeurs
Silène pisse son saoul à tout heure.
D'imbéciles haines pour un si laid nez
Busqué de bouc et de thym,
Legs d'un ciel de laine et de crins
De graines et de lin,
Mer d'iliennes nuées dans le lac ténu d'un sein
Où l'hymen de Destin creva l'infortuné et mulet gamin
Babil bêlé d'une baleine bedonnée
Bas de laine bis donné
Tordu de ris réparé d'une chair-plaie
Damné et d'ânesse au séant et aux reins
S'attire satyres à thyrses et satrapes
Prébendant de ménades, l'Eternel bandé : Priape

"Si l'N m'était compté", in Occurences relatives et sonores - Chronesques grottiques

No a dit…

"Silène est un nom générique des satyres devenus vieux."
(Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine)

Cette double association chez Silène, satyre et vieillesse, a très puissamment inspiré Mickaël, ce qui n'est guère surprenant connaissant le bougre (comment ça, lequel ?)

Quant à Priape :
" Symbole de fécondité, priape était d'un bon exemple, par magie sympathique, pour les plantes de l'enclos où il se trouvait."
(ibid)

Bref, pour Priape, c'est plutôt le profil qui inspire...