Toises > G
Une mine toise deux livres trois
Sans prise liant le corps vaque
Toute voix tue en mise-à-sac
Quatre lignes tombes des mots rois.
Un scel peut être une parole >P, un récit >R, une vision >V ou un geis >G.
Une mine toise deux livres trois
Sans prise liant le corps vaque
Toute voix tue en mise-à-sac
Quatre lignes tombes des mots rois.
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La Voix des djinns coule du sable.
Un son de basse fréquence, à la limite de l'audible, puissant et monotone. Quelques centimètres de désert dévalent une pente trop inclinée, la dune chante.
"Autosynhronisation des grains", souffle le savant. Un son accordé sur l'écho du sable.
Mesure de la musique dunaire :
Puissance : 110 dB
Fréquence : 100hz
Taille de la dune : 45m de haut, 500m de large et de long
Taille des grains : 160µmb
Les dunes de chant sont des barchanes (dunes à forme de croissant).
Des barchanes géantes.
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"Il n'y a qu'un moyen d'abolir la guerre entre les peuples, c'est d'abolir la guerre économique entre les individus, le désordre de la société présente."
Jean JAURES
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Il avait la quarantaine blanche. On aurait dit un de ces êtres qui se sont échoués sur leur propre vie. Ses amis l’appelaient Junas, un surnom qui s’était accroché à lui au passage de ses dix-huit ans. Humant une giclée d'Arnavol, Junas relut le message pour la vingtième fois : "K.D.H. à M. Antoine L----- Offre d'achat des titres en votre possession identifiés sous code GR7ASF-06 au prix unitaire de 788 eurs, valable 15 heures, Horodatage Mercur. Réponse souhaitée. Cord." Il se mordit la lèvre. Son conseiller de gestion personnelle lui avait confirmé voici trois quarts d’heure qu'il possédait effectivement onze mille cent douze des titres en question. Un rebut de l’héritage de sa grand-mère. A l’époque, l’ensemble avait été valorisé au montant d'un voyage orbital en seconde, autant dire presque rien. Et là... Junas avait du mal à encaisser. Cela semblait trop beau. Qu’il puisse vraiment commencer sa vie... Sortir de l’humanité invisible...
La bouche sèche, il se décida à lancer la routine. Une voix grave grinça dans le vieux poste de réception qu'il avait acquis sur une brocante dans un sursaut imbécile d’originalité :
- Monsieur Laréverd, ravi de vous entendre ! Lorsque vous serez prêt à conclure la transaction, veuillez prononcer distinctement le mot valise qui figure en bas du message ci-joint. Cela sera à vous dans...
Il coupa. Ces types payaient peut-être le prix fort mais leurs méthodes l'excédaient. Antoine Laréverd pouvait supporter qu’on lui force la main mais Junas demandait au moins qu’on y mette les formes. C'était comme un accord tacite qu'il avait passé avec l'univers. Il était prêt à tous les compromis pourvu qu’on le respecte ! Une espèce d'étiquette qu'il avait substitué à l’éthique. Les manières expéditives, ça ne le faisait pas.
Il reprit contact :
- Je ne vendrai rien à un serveur automatique.
Il signa du doigt sur l'écran de contrôle puis se mit en veine d'attendre. Vingt-cinq minutes s’étaient écoulées quand la réponse lui fut transmise :
- Cher Monsieur Laréverd, l'analyse de votre situation fait apparaître votre appartenance à la citoyenneté de l’UELAN. Les règlements constitutionnels de l'Union stipulent expressément que tout accord commercial susceptible d'apporter un avantage aux deux parties ne peut être refusé unilatéralement. Eu égard à la plus-value anticipée, votre intérêt financier est manifeste. Nous attirons votre attention sur la nécessité dans laquelle nous nous sommes trouvés de faire intervenir notre conseil juridique en procédure d’urgence. L’offre initiale est conséquemment amputée de 47 eurs unitaires sans préjudice de l’existence d’une importante plus-value de votre part. Nous vous remercions de votre accord. Lorsque vous serez prêt à conduire la transaction, veuillez prononcer distinctement le mot valise qui figure...
Il écouta cette fois jusqu’au bout. A 730 eurs le titre, il décrochait encore le pactole. Il décida de se rattraper plus tard sur les questions d’étiquette. Dès qu’il serait riche.
Il reçut l’argent moins d’une heure après avoir signé l’acte via le protocole cinq étoiles de Notius. Il ne prit pas la peine de lire les quatre cent cinquante-neuf articles qui accompagnaient la transaction, typiquement le genre de littérature que pondent d’ordinaire les cabinets d’avocat pour les vendre aux petits chefs des grosses boîtes. De la merde. Mais il arrive que la merde parle et cette-ci avait le goût de la précision. Elle disait : « L’acceptation de la part du V. de l’offre émise par l’A. vaut également acceptation des articles 57 à 76 de la Convention de Luxembourg du 12 mai 2016 ainsi que du titre III du Protocole porté en annexe. »
Quelques semaines plus tard, Junas éclairait sa lanterne dans le bureau de son conseiller personnel, lequel s’était très vite adapté à la nouvelle situation financière de son client et avait, pour l’occasion, invité un avocat. Les deux hommes opinaient du chef de l’air entendu de professionnels qui font autorité. Junas relevait désormais de la réglementation Stravios pour l’ensemble de ses contrats commerciaux et professionnels. Exit son vieux régime de droits à la papa. A les entendre, il aurait pu tomber pire. Les petits pays avaient vite compris l’intérêt d’adapter leur droit en échange de la domiciliation de quelques milliers de filiales. Mais, mais... Existe-t-il un moyen d’échapper à cette clause, avait demandé Junas, quelque peu inquiet puisqu’il s’agissait quand même de lui en l’occurrence, pas d’un ces noms qui circulaient sur le réseau mais bien de lui, Junas ! Oui, Monsieur Laréverd. Il existe un moyen. Vous devez dénoncer l’accord. Cela suppose de rendre l’argent et de rembourser les frais administratifs que ne manquera pas de vous réclamer la partie adverse. Nous dénicherons un vice qui servira de base à la dénonciation. Inutile de vous dire que ce sera coûteux. Ruineux peut-être. Il n’y a vraiment rien d’autre à faire ? Non, Monsieur. Vous savez, le droit commercial est imprescriptible. J'ai un conseil à vous donner. Pourquoi ne pas vous emparer de l'occasion pour changer de système ? Franchement, que valent aujourd'hui les droits d'Etat ? Pas grand chose... C'est un garde-fou pour les plus démunis. Mais, vous, Monsieur Laréverd, vous ne l'êtes pas ! Rien ne vous empêche de souscrire une police privée de protection juridique. J’ai là quelque chose d’excellent, un ensemble de règles qui a fait ses preuves devant les tribunaux. Du très solide, je vous l’assure, beaucoup plus performant qu'une protection publique. Et à un prix raisonnable, moins de 80 000 eurs...
Junas signa. Il ne put s’empêcher de râler, d’évoquer l’égalité. Pour l’honneur. Le conseiller et l’avocat se regardèrent un moment interminable sans rien dire. Ce fut finalement l’homme de loi qui, tournant vers lui un beau visage satiné, effaça d’un sourire ses dernières réticences : « Dieu nous en garde, Monsieur Laréverd ! Je vous en prie. Les Réformateurs nous ont légué un certain nombre de principes... mais l’égalité... quel retour en arrière! Non, vraiment, cher ami, ce temps-là est bel et bien révolu. » Mais ce fut son conseiller personnel qui emporta, comme à son habitude, le mot de la fin. Il le prononça sur un ton insouciant, presque détaché.
« Nous sommes, dit-il, dans le Véhicule qui nous mène vers Demain. L’égalité ne fait simplement pas partie des options du Constructeur. »
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En 1915, il y a 90 ans, la famille Merdjanian a été anéantie.
Un bref retour en arrière est nécessaire. En 24 avril 1915, six cents notables arméniens sont assassinés à Istambul sur ordre du gouvernement turc. Le génocide des arméniens commence. Le premier génocide du XXe siècle. Un génocide parfaitement accompli.
C’est d’abord la déportation et l’extermination systématique d’un groupe culturel et ethnique minoritaire. Un million deux cent mille hommes, femmes et enfants trouvent collectivement la mort. C’est le pillage et la destruction de leur patrimoine. C’est, pour les quelques centaines de milliers de survivants, la fuite et l’exil forcé vers d’autres terres que celles de la Turquie moderne. C’est enfin, et jusqu’à l’époque actuelle, la négation de l’atrocité de l’extermination.
En 2005, l’Etat turc nie toujours la réalité du génocide des arméniens, usant de tout moyen pour propager des thèses négationnistes.
Nier un génocide, c’est l’accomplir jusqu’au bout, jusqu’à sa logique ultime. C’est jeter dans le néant le souvenir de ceux qui ont été exterminés.
Les Merdjanian sont des morts sans tombe. Ils n’appartiennent pas aux archives. Ils ne sont plus rien dans l’histoire. Ils ont été effacés.
Ils étaient la famille de Johanes Merdjanian, mon grand-père, et s’appelaient :
Antranig (57 ans, son père)
Dirouhie (43 ans, sa mère),
Meguerditch (15 ans, son frère)
Ossana (12 ans, sa soeur),
Vagalchay (9 ans, son frère)
Aznive (5 ans, sa soeur).
Ils sont morts en 1915, victimes de la barbarie génocidaire des Jeunes Turcs.
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«La Turquie s'enlise dans les voies embourbées du mensonge et elle ne peut espérer gagner du temps dans cet enlisement : le crime est imprescriptible. » Yves Ternon
Imprescriptible
Yevrobatsi
Négationnisme turque
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Mots d'airain et d'Alain qui m'a envoyé ce texte hier.
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"Il pleut, c'est ma planète.
D'os, qu'un Caïn s'y prendrait pour le caïd.
Ici il pleut, c'est la planète, tout rouille
Même les mÉmoires les plus assagies.
Viens tricher un peu l'éternité a belle citrouille
Car c'est chaque soir de Baal insipide
Incolore, inodore, tristesse trop pique, les petites algues sont encore
fleuries
Il pleut c'est celle que d'autres ont préoccupé
Ma planète à l'humanoïde
Il sont partis ils n'ont rien rongé
De la craie partout, dans leurs villes
Matéo aussi sec."
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La densité est une variable de l'univers. Il n'en existe pas, à ma connaissance, de valeur absolue quoique les choses et créatures d'essence divine approchent selon toute évidence un sommet.
La densité cause la magie, laquelle prend effet dans le cas d'un différentiel notable. Une épée dense -évidemment, ce sont presque toujours de vieilles épées sauf au Japon mais ça ne compte pas car c'est un pays affreusement arriéré- tranche une plaque d'acier diffus comme un morceau de lard. On peut parler de magie, on peut même la simuler par une quantification. Peine perdue ; la densité est d'abord une variable qualitative.
La densité a un rapport au temps. Selon mon expérience, il s'agit d'un effet d'accélération. Tout dépend de la position de l'observateur. Du côté de la densité, le temps paraît accélerer. De l'autre, c'est-à-dire du côté du temps lui-même, on a plutôt l'impression d'être happé par un machin définitivement figé dans son quant-à-soi, ce qui se termine immanquablement par un ralentissement terrible. On peut me rétorquer que cette observation est elle-même subjective. Il va de soi que mes penchants psychologiques me placent, sans l'ombre d'une hésitation, du côté de la densité. Ce qui change pas mal de choses.
Alors, disons ceci : si la masse déforme la trame de l'espace-temps, la densité déforme la trame du temps tout court. Voilà, c'est dit. Je n'irai pas plus loin. Je n'ai d'ailleurs, depuis le début, pas bougé d'une seconde.
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Les grands nombres sont d'arrogants filous. Par exemple, les siècles, les millénaires, en voilà qui prennent toujours un malin plaisir à laminer le temps d'une simple existence. Comme si, au final, nous n'étions rien. Ou si peu. Alors que mille ans, qu'est-ce que c'est ? Trente générations d'hommes ?
1000 ans : 30 générations
100 000 ans : 3000 générations
Eh, la 3001 ! On fait quoi ?
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La banalité a beau jeu mais elle n’est pas la plus forte. Il arrive que, derrière une seconde semblable à ses pareilles, en tout point insignifiante, se cache un de ces petits cahots de l’existence où la vérité s’engouffre comme une fille de mauvaise vie, trop heureuse de tenter sa chance. C’est à ce moment-là, en moins de temps qu’il n’en faut pour fermer une porte, que se fait le choix dont le temps marquera l’empreinte, traits serviles ou vraies rides. Nous sommes mal préparés, avouons-le ! La vérité vient sans fard, c’est une maraude, vieille et édentée, dépourvue de toutes les beautés dont on l’affuble dans les histoires imbéciles.
Aussi prends garde, ami, prends garde à ne pas repousser la putain éternelle, celle qui cache sous ses voiles crasseux les origines du monde et ses secrets. L’existence se joue en cette seconde minuscule où tu feras le choix du renoncement ou de l’éveil.
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La langue se mouille, tourne dans son jus. Elle se garde de l'ouvrir. Et pourtant...
On voudrait leur dire à ces cadres de corpo, à ces anglosaxons qui n'ont plus rien à vendre que les frusques de leurs voisins, tout ça parce que leur âme est partie la première, à ces cinquantenaires du capital qui font l'effort de nous montrer comment penser, comment chier, comment voter même, à ces élites de la bonne pensée, celle qui brasse trop de la peine des autres pour être contredite, à ces ambassadeurs des temps lointains où l'on rasera gratis, à ces prêtres du renoncement qui nous entraînent dans leur faillite permanente où l'argent étouffe toute valeur.
Alors ?
L
A
N
G
U
E
S
PENDUES
Car garder le silence ne rime pas à nos vies.
Le temps est passé. Que maintenant nos langues se sèchent de ne plus jamais se taire !
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Une parole donnée doit être claire. Un écrit signé demande à être compris.
Il en va ainsi des paroles essentielles, celles qui nous engagent pour longtemps. Et pour un écrit essentiel ? Pour une loi essentielle ?
Plus encore que d'autre, le texte d'une Constitution nécessite d'être simple, clair et précis. Il le doit afin que tous puissent s'y référer sans peine. Afin que la Constitution soit commune à un peuple. Afin qu'elle soit vécue comme le premier des biens que nous nous donnons en partage. Comme un accord. Comme une promesse...
Le projet de traité constitutionnel européen se destine bientôt à prendre la place d'une Constitution. Pour le comprendre, il faut lire ce texte, le lire en entier. C'est un texte qui se compose de centaines d'articles. Il est écrit le plus souvent avec imprécision, volontairement comme il est d'usage entre diplomates. Sur le fond, ce projet engage les citoyens de demain à suivre les choix économiques essentiels des citoyens d'aujourd'hui, ce qui s'appelle, en philosophie, une aliénation. Il n'a pas été élaboré par une assemblée constituante, élue au suffrage universel, mais par un petit groupe d'individus qui ont agi sans mandat électoral. La promotion de ce projet illustre parfaitement la volonté désormais assumée, affichée des gouvernants de calquer les institutions européennes sur le modèle du pouvoir à l'anglo-saxonne, modèle que l'on peut résumer ainsi : "les élites savent ce qui est bon pour vous, faites-leur confiance !" Ce choix contrevient avec violence et sans concession à la tradition républicaine du citoyen, celle qui nous invite à nous instruire, à comprendre et à nous saisir des enjeux qui touchent à nos vies.
Une règle claire et simple est au service du citoyen qui peut la comprendre et l'utiliser. Une règle imprécise et complexe est au service de ceux qui prétendront dire, demain, comment il faut l'interpréter. Cette dérive n'a rien d'anodin. Sous couvert d'un chantage aux convictions européennes, des gouvernants nous poussent, l'air de rien, presque en chantant, à nous dessaisir d'un droit fondamental : la compréhension et le partage de la règle commune. Personnellement, le principe du chantage me dégoûte. Mes convictions européennes sont profondes. C'est au nom de ces convictions que je me bats, aujourd'hui, contre ce texte, contre ce projet, contre ce mensonge !
Notre Europe, ce n'est pas leur constitution !
Il n'est pas encore trop tard pour dire NON.
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Les mots dansent la ritournelle des récits inachevés, des contes dits dans l'entrebaillement d'une oreille, des gestes dont les héros ont préféré filer à Berlin en week-end. A la fin, ils brûlent, avec de la chance, en place publique comme ces pantins de carton espagnols.
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Il était une fois un homme, guère grand, ont dit aussi qu'il était un nain. Trapu, barbu, têtu.
Ce nain habitait un phare, pas le plus haut ni le plus photogénique, de sorte qu'on ne le vit pas illustrer les pages de calendrier. Trois blocs de granit soutenaient ce pâté de pierre contre la houle et les vilaines humeurs de l'océan.
Le nain vivait seul. Ca lui allait parfaitement. Il portait la tradition avec la fierté de sa race, une tradition qui l'avait trouvé, ramassé sur de vaines pensées, des années plus tôt.
Chaque nuit, il gardait le phare éteint.
Rude tâche dans un monde économe de tragédies maritimes et de pertes de biens, le continent n'eut de cesse d'envoyer des escouades rallumer le feu de la tour. Mais le nain était passé maître dans les arts de la résistance. Les terriens se lassèrent.
La suite n'est pas certaine. Pour moi, le nain vit encore sur cet îlot minuscule, montant la garde du phare éteint sur une mer sauvage.
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Une société capable d'éduquer en assez grand nombre des personnes et de les entretenir dans l'oisiveté, autrement dit de leur fournir du temps qui ne soit pas dicté par les nécessités de survie ou de participation à l'organisation collective, se trouve assurément à l'aube de quelque fabuleuse découverte.
Laquelle découverte sera, il y a fort à parier, soit inutile, soit périlleuse.
Utile ou policée, elle proviendrait plus sûrement d'un laboratoire.
Le tout à l'avenant.
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Spéculation sur : les empreintes mémorielles, la fonction d'oubli, les stratégies de survie des empreintes
Si l'on pose :
a) que l'esprit prend à chaque instant une empreinte des perceptions (sensorielles et émotionnelles*)
b) que ces empreintes durent et se propagent en fonction de deux caractères : cohérence et intensité
et simultanément
c) que l'esprit oublie, c'est-à-dire, s'oppose à la survie de ces empreintes
(*note : l'empreinte la plus efficace consiste en un mélange des deux ; apprendre "par coeur" = mêler une empreinte émotionnelle à une empreinte sensorielle)
Sur ces bases, on peut formuler l'hypothèse suivante : la survie d'une empreinte dans un environnement hostile (en présence d'un principe actif qui a pour fonction de les détruire systématiquement) repose sur leur capacité à :
I) se renforcer (accumulation d'empreintes similaires) = hausse de la cohérence
II) se revivifier (usage régulier ou intense que l'esprit fait de l'empreinte) = hausse de l'intensité
III) se modifier (fusion totale ou partielle avec une autre empreinte) = recomposition des caractères de cohérence et/ou d'intensité, donc d'une nouvelle empreinte
Dans cette hypothèse, l'oubli possède au moins deux rôles :
- son rôle classique ; il soulage le cerveau de la charge d'une trop grande accumulation mémorielle (perceptive et émotionnelle)
- un rôle inédit ; il maintient un environnement très défavorable à la survie des empreintes qui doivent donc, pour durer et se propager, varier leurs caractères (cohérence et intensité), voire leurs formes.
Autrement dit, la mémoire suit un principe d'évolution.
Les conséquences de cette spéculation sont, à l'évidence, nombreuses. Certaines touchent au déclin des fonctions mémorielles. Une, au moins, conduit à une différence essentielle entre une organisation de ce type (d'essence biologique) et les organisations artificielles de données telles qu'elles sont habituellement conçues.
Insuffisances :
- les notions de cohérence et d'intensité sont à spécifier (rapport à la durée, énergie de propagation ?)
- les empreintes perceptives et émotives sont-elles de même nature ?
- quelles est la méthode de classification des empreintes ? (sujet qui renvoie à une vision classique de l'esprit humain - analogie avec une bibliothèque ou des archives, par ex.)
surtout :
- les fonctions contradictoires d'oubli et de propagation des empreintes suivent-elles différents stades d'évolution au cours de l'existence ?
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Priape tient de son père qui fut un homme en tout excessif, un corps difforme et obèse. Des cuisses énormes, un ventre trois fois rebondi, des épaules de portefaix sous un cou bovin, c'est une masse qui avale l'air plutôt qu'il ne la respire. Il porte barbe et cheveux tressés. Dans ses yeux, on devine que la porte qui mène à l'âme est ouverte aux quatre vents. Mais gare à l'intrépide ! Qu'il ne vienne pas se plaindre s'il s'est perdu en chemin.
Priape mange beaucoup mais boit plus encore. Il garde toujours en suffisance le vin et l'eau-de-vie. Rassasié, il fume, puisant dans une large sacoche sa provision d'herbes. Lorsqu'il parle, sa voix reste basse, comme accrochée à la terre. Son caractère est à son image: puissant et pesant. Il est impossible à satisfaire comme seuls le sont les plus enquiquineurs des vieilles personnes. Il n'a pourtant dansé que trente-trois fois à la Nuit du berger.
Priape Evhémeroï est le troisième fils du père de la tribu de Sékos-Lumpse -qui veut dire "Ceux-qui-écoutent". Il est né difforme et cache sa laideur sous une ample tunique. Quel que soit l'onguent ou l'huile dont il se ceint, son corps obèse empeste la toison de l'isard aux premiers jours du printemps.
A neuf ans, le chamanka du clan Sékos-Lumpse lui révéla le premier des neuf secrets de l'univers. A onze ans, une meute d'enfants s'empara de lui. Deux de ses frères, qui voulurent le délivrer, furent assommés et piétinés. Priape fut rudement traîné jusqu'au lac et jeté dans l'eau gelée de la montagne. A treize ans, le chamanka lui enseigna le second et dernier secret qu'il souhaitait lui transmettre, puis ordonna son exil car s'il devait vivre parmi le clan un jour de plus, le sang des hommes coulerait jusqu'à la plaine.
Priape est demeuré treize ans parmi les bêtes et les bergers. Ceux-là lui enseignèrent la poésie.Grâce à sa connaissance des secrets de l'univers -deux sur les neufs, ce qui faisait de lui un chamankour, un "marcheur parmi les esprits"- il put aider ces hommes de montagne, leur prodiguer des soins et attirer sur eux les bénédictions des torrents et des rivières.
A vingt-six ans, il partit au plus profond des forêts en quête du troisième secret de l'univers. Il fit la rencontre de Coros Proménij, un voyageur âgé autant qu'érudit. Priape confectionna un charme qui rendrait sa vigueur au vieil homme impotent et celui-ci, ravi, lui offrit en échange sa philosophie et tout ce qu'il y a à savoir de la géométrie et de la logique. Depuis qu'ils se sont quittés, Priape porte avec lui ce fardeau. Seule la boisson l'en libère. C'était l'année dernière.
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Priape est un personnage d'une histoire à coucher dehors que conte sur un forum Alain, toubib d'un songe troll.
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Je suis à mi-chemin d'un livre qu'il devient nécessaire d'avoir lu, puisque cet ouvrage -celui-là pas un autre- est désormais écrit. Ils ne sont pas très nombreux, les livres qui ont pour dimension d'exister. Celui-là en est. Il se nomme "La horde du contrevent" et son auteur Alain Damasio. Cosmos local, le mot lui revient.
Entre (H) deux (2) eaux (O), puisque je nage dans la Flaque -venez m'y rejoindre !-, il m'est apparu ceci.
Le vent, c'est l'existence, cette broyeuse, qui souffle perpétuellement, en sens contraire. Où en sommes-nous ? En bas, dans les puits, aux côtés des gens qui se terrent ? En haut, sur les nefs, avec ces êtres glissants qui tirent aisance de la maîtrise des (faux) airs ? Debout, parmi la horde, à remonter le vent, pleine face ?
Qui sait ? Nous seuls. Chacun. A sa mesure.
Vivre. Faire front. Encore. Sans arrêt. Comme il reste possible.
Parce que l'homme est un être façonné par le froid, le vent, la pierre et que, sa vie durant, il peut combler la matière d'une volonté, d'une âme. Elle en gardera peut-être le souvenir.
Affronter le néant, Lui opposer l'énergie d'une onde. Ne pas se taire. Ne pas se coucher. Ne pas se perdre.
"Avance, avance, avance". Yak, traceur !
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(dits de druis)
Je n’aime pas ce regard impécunieux où s’affiche la question «Que vaut-il ?»
Je n’aime pas cette vue biaise qui interroge mieux que le diable, comme ses avocats, et insinue «D’où parle-t-il ?»
Je n’aime pas ces yeux asséchés qui, à force de portraits, de contrechamps, de profondeurs, se donnent le droit du regard et dénoncent «Que donne-t-il à voir ?»
Ces regards, je les obscurcis d’un fétu de cul qui leur rentre comme un doigt jusqu'à la garde.
0 commentaires Libellés : geis
L’homme était excellent pédagogue. Il parcourait depuis déjà un certain temps la quarantaine et avait donné des cours à Boston, San Francisco, Milan, Londres et Paris. Il venait de tourner vers moi le #23 «visage inspiré, environnement professionnel».
[prof] Pourriez-vous citer, parmi vos qualités principales, celle que vous préférez ?
[no] Je suis lent.
[prof] Pardon ?
[no] Je suis lent.
[prof] !!!...Je crois que c’est la première fois de ma vie que j’entends quelqu’un apporter cette réponse.
Il n’a pas su quoi ajouter. Il était pétri d’un élitisme anglosaxon achevé. Il n’y avait pas de case «lenteur» dans sa perception des gens doués. Son cours ne pouvait admettre d’autres gens que doués. Il m’a, en fin de compte, catalogué dans la catégorie spéciale, celle qu’on pose à côté et qui finit naturellement à la poubelle.
Je suis lent. J’ai mis évidemment un certain temps avant de l’admettre. Disons environ...25 ans. A cette période, mes études étaient à ce point d’aboutissement où un concours devait parachever un parcours plutôt convenable. Devait. Je n’ai jamais réussi à finir une copie de concours dans les temps. Au terme des cinq heures d’examen, j’entamais généralement l’antithèse avec la fougue des lents pathologiques. Ecrire la seconde partie et la conclusion en moins de dix minutes me plongeait dans une colère indicible que j’emportais avec mes brouillons, sous le bras.
Il parait inutile de faire la liste des avantages que procure une véritable lenteur d’esprit. Pensez à un entretien d’embauche, à une soirée VIP ou à un passage dans une émission de radio. Dans un système marchand, le gain de temps est valorisé et sa valeur, monétarisée. Il devient ainsi : productivité, capacité d’accès ou de traitement, temps de réponse. A contresens, la lenteur est perçue comme la marque de fabrique des crétins. Au mieux, c’est-à-dire lorsqu’on vous aime bien, des ravis de la crèche.
Je suis lent. C’est sûrement ce dont je suis le plus fier.
La lenteur est une qualité végétale. Avec un peu d’imagination, il m’arrive de rêver à un gros bloc de granit.
Il n’y a pas d’effet sans cause.
Il faudra bien en venir à parler de densité.
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Tous les mots n’ont pas la même résonnance avec la matière, ni la même attirance pour la vie. Il arrive qu’une concordance subtile de signes, de sons et de sens façonne des créatures tout à fait hors du commun, ce que nous pourrions appeler des «mots monstres». Pour ma part, je préfère leur donner le nom de
RUNES
Chacun de nous a, sûrement, un alphabet personnel de ces runes-là.
Voici le mien, encore qu’incomplet à ce jour :
Forme
Merveille
Ligne
Cristal
Légende
Mouvement
Cri
Onde
Songe
Paradoxe
Point
Vide
Le désir de recomposer le cosmos porte, gravé sur bois, paroi de grotte, pierre dressée, plaque d'argile, parchemin ou silice, le signe distinctif d'une vie intelligente.
Lire est une démarche archéologique.
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S'il ne devait y avoir qu'une forêt, ce serait la forêt Lacandone.
Là-bas, les arbres veillent. Peut-être l'insomnie se transmet-elle déjà dans leur ADN.
Ils veillent sur la dignité de ces hommes et de ces femmes qui, comme l'écrit José Saramago, "vivront toujours dans notre esprit parce qu'ils sont, eux-mêmes, le meilleur de la mémoire future du Mexique".
Chiapas, EZLN, zapatistes. Durito, Sous-Commandant (Sup). Tachicam. Ya Basta! Contes pour une nuit d'asphyxie.
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