01 octobre 2007

Les Tours de Samarante > R

"Autour de la cité de Samarante, sur laquelle veillent six tours mystérieuses, s’étend l’aliène, une étendue sauvage, aride, inhospitalière. C’est par là que la guerre viendra, il n’y a pas d’autre accès.

Derrière les murs de Samarante, la Lèpre a eu raison de bien des machines et les hommes craignent le Mal qui pourrait les transformer en mutants. C’est là que vivent le jeune Triple A – qui rêve d’escalader les tours – et Cinabre – une préfigurée aux pouvoirs effrayants, une beauté imparfaite, donc irrésistible, poursuivie par les tueurs de l’Endocène. Et c’est vers Samarante que se dirige Oshagan, le grand guerrier, le dernier des Sémuramat. Il porte dans sa sacoche la plus puissante des armes, une forme de guerre que l’on croyait disparue depuis mille ans.

Quand ces trois êtres entreront en collision, cent treize ans avant le Seuil, alors trembleront les tours de Samarante."
C'est ainsi, qu'à ce jour, se présente Les Tours de Samarante, premier roman à paraître en 2008 chez Denoël. Le topo est de Gilles Dumay, créateur et directeur de la collection Lunes d'Encre.
L'illustration de couverture est - sera ! - de Manchu.

Vous trouverez un peu plus à lire au sujet du livre et de sa parution sur Le cafard cosmique.

22 septembre 2007

Cent feuilles de béton > V


Grenoble. Ville enclavée, elle n'a d'autre choix pour grandir que le plan vertical : soit en creusant, soit en s'élevant...



Dessin d'architecte, 1er prix - concours Cim Béton & ville de Grenoble, juin 2005 - Superficie : 25 000 m2 sur 2ha dont 8000 m2 pour la tour.

27 août 2007

Inspiration Brom > V

L'oeuvre de Brom est une longue inspiration. Quelques unes de ses peintures -celles qui appartiennent à la série Futurs Sombres- ont la force d'ouvrir une brèche, j'ai expérimenté plusieurs fois leur capacité de rupture. J'y puise sans compter.

Vue en trois images :


D'ailleurs, Brom, l'humain, est remarquable de gentillesse et d'intérêt.

Remonter à la source :
Site de Brom
Une gallerie de ses toiles

14 juin 2007

L'incarnat > R

Il clinque de pierre souche. Mot-porteur.
L'incarnat se fond dans l'univers animal.
Au clair des yeux, par chance, un souvenir éclate.
L'épuration a quelque part mécanique.
La chaîne n'a pas cessé.
Il ne fait pas défaut à la fabrication.

04 mai 2007

Appel des écrivains de mauvais genres contre la narcose Sarkozy > P

Sous l'impulsion d'Alain Damasio, écrivains de science-fiction, de fantasy et autres mauvais genres s'engagent contre Nicolas Sarkosy. Leurs textes, réunis sous le titre "Appel d'air", peuvent être téléchargés ici en version PDF (merci à Fleur pour avoir immédiatement mis ce document en ligne). L'appel est également disponible sur le site : la Zone du Dehors.

APPEL D'AIR

"Vous êtes de ceux qui pensent que Sarkozy est le meilleur pour gouverner la France. Vous avez raison. Il est le meilleur — pour le faire croire. Dans une société qui produit ses propres rituels de vérité, Sarkozy est notre plus brillant prêtre. Il n’a nul besoin d’être compétent, sincère ou humain : il lui suffit de produire des effets de compétence, de sincérité et d’humanité. Pure manipulation ? Même pas, puisque tout est visible pour qui veut regarder. Tout est audible pour qui souhaite entendre.

En tant qu’écrivains de science-fiction et de fantasy, nous avons une vocation et, qui sait ?, une arme de construction massive : c’est de savoir placer un son là où le bruit blanc règne et d’offrir un champ de visions là où l’image est fabriquée pour murer notre perception. Nous avons aussi, souvent, ce don : savoir lire dans le réel ce qui le travaille, dans le présent ce qui tend à lui imposer un futur qui ne propose pas, pour la pensée et pour la vie, le moindre avenir. Notre appel ne vise pas à ajouter aux débats nos salves d’arguments antisarkozy, nos démonstrations chiffrées, nos faits précis et nos convictions actées : journalistes probes, citoyens et militants le font déjà, avec force et courage, avec brio parfois. Il vise à vous offrir une parole libre et multiple face aux matraquages monochromes. Une parole qui s’offre dans des microfictions dures, drôles, parodiques ou glaçantes, écrites au fil de l’urgence et qui dessinent des trajectoires de résistance en nous confrontant à ce qui nous attend. Mots de passe donc, plutôt que mots d’ordre.

Sur l’arc de nos sensibilités, au fil de nos débats internes, qui sont intenses, une dominante : pour nous, Nicolas Sarkozy est dangereux. Extrêmement dangereux. Dangereux pour les libertés publiques qu’il quadrille, réticule et canalise. Dangereux pour le corps social qu’il fractionne, stratifie et oppose bloc à bloc, communautés par communautés. Dangereux parce que la politique qu’il propose est parfaite pour permettre aux plus richement dotés en capital social, médiatique et financier d’appauvrir encore plus cruellement ceux que ce système broie. Sarkozy ne va pas hitlériser la société française. Arrêtons de crier au loup. Mais il l’hystérise déjà et demain, il nous thatchérisera. Avec sa tchatche. Narcose puis nécrose. Ce qui nous inquiète est moins la logique disciplinaire qu’il articule (la société française possède les anticorps contre cette maladie chronique) que la société de contrôle qu’il aménage, souterrainement, et avec toute la puissance de ses réseaux. Contrôle des médias et des idées, bien sûr — et beaucoup en sont déjà conscients. Mais au-delà, contrôle des affects et des percepts, qui déborbe toute capacité de résistance par la raison. Et ça, c’est réellement flippant.

Naturellement le pire n’est jamais sûr. Pourtant, aujourd’hui, avec Sarkozy, le pire, pour nous, est mûr.

Ce texte est donc un appel.

Du pied à ceux qui hésitent encore et sont séduits par le miroir qu’à chacune de nos peurs et à chacun de nos espoirs, l’UMP nous tend.

Du regard à nos complices qui sentent ce que le masque du professionnalisme, le ton nouvellement posé, le timbre désormais grave de la voix, les accents de sincérité impeccablement rôdés de Sarkozy cache de cynisme cru. Sarkozy nous communique. En nous parlant de « rêve français », il injurie notre art et insulte notre futur.

C’est aussi un appel de phares, sur une route 66 un peu trop déserte à notre goût et que l’UMP pave comme une Highway to Hell. Paint it red !

C’est un appel d’air, enfin, pour qu’au cœur de l’acier plein des slogans, du bois brut libéral dont ils ont fait une langue, une ouverture se fasse qui libère un peu de vie, de fraternité, d’échanges généreux et de métissages.

En vous offrant les textes qui suivent, nous vous souhaitons une bonne lecture… du réel."

Alain Damasio

"Appel d'air" a d'ores et déjà été signé par Joseph Altairac, Ayerdhal, Stéphane Beauverger, Ugo Bellagamba, Francis Berthelot, Georges Bornand, Jean-Daniel Brèque, Lucie Chenu, Fabrice Colin, Sylvie Denis, Alain Damasio, Catherine Dufour, Gilles Dumay, Jean-Claude Dunyach, Claude Ecken, Mélanie Fazi, Jean-Pierre Fontana, Denis Guiot, Nathalie Labrousse-Marchau, Sylvie Lainé, Claude Leroux, Licorne, Lise N., Jean-Marc Ligny, Claude Marnier, Michel Pagel, Claire Panier-Alix, Olivier Paquet, Laurent Queyssi, André-François Ruaud, Simon Sanahujas, Roland C. Wagner, Vincent Wahl, Joëlle Wintrebert… et raturé par nos dissidents Serge Lehman et Patrick Eris.

17 avril 2007

En attendant les Barbares > P

Aux rumeurs mauvaises, aux peurs qui poussent de leurs forces au pire.

14. EN ATTENDANT LES BARBARES

- Qu'attendons-nous, rassemblés sur l'agora ?

On dit que les Barbares seront là aujourd'hui.

- Pourquoi cette léthargie, au Sénat ?
Pourquoi les sénateurs restent-ils sans légiférer ?

Parce que les Barbares seront là aujourd'hui.
A quoi bon faire des lois à présent ?
Ce sont les Barbares qui bientôt les feront.

- Pourquoi notre empereur s'est-il levé si tôt ?
Pourquoi se tient-il devant la plus grande porte de la ville,
Solennel, assis sur son trône, coiffé de sa couronne ?

Parce que les Barbares seront là aujourd'hui
Et que notre empereur attend d'accueillir
Leur chef. Il a même préparé un parchemin
A lui remettre, où sont conférés
Nombreux titres et nombreuses dignités.

- Pourquoi nos deux consuls et nos préteurs sont-ils
Sortis aujourd'hui, vêtus de leurs toges rouges et brodées ?
Pourquoi ces bracelets sertis d'améthystes,
Ces bagues où étincellent des émeraudes polies ?
Pourquoi aujourd'hui ces cannes précieuses
Finement ciselées d'or et d'argent ?

Parce que les Barbares seront là aujourd'hui
Et que pareilles choses éblouissent les Barbares.

- Pourquoi nos habiles rhéteurs ne viennent-ils pas à l'ordinaire
Prononcer leurs discours et dire leur mot ?

Parce que les Barbares seront là aujourd'hui
et que l'éloquence et les harangues les ennuient.

- Pourquoi ce trouble, cette subite
Inquiétude ? - Comme les visages sont graves !
Pourquoi places et rues si vite désertées ?
Pourquoi chacun repart-il chez lui le visage soucieux ?

Parce que la nuit est tombée et que les Barbares ne sont pas venus
Et certains qui arrivent des frontières
Disent qu'il y a plus de Barbares.

Mais alors, qu'allons-nous devenir sans Barbares ?
Ces gens étaient en somme une solution.

Poème de Constantin Cavafy
Traduction de Socrate C. Zervos et Patricia Portier
Tiré de Cavafy, Oeuvres Poétiques, Imprimerie Nationale, nov. 1993

21 mars 2007

La Zone du dehors > P

Mythique.
La Zone du dehors, le premier roman d'Alain Damasio ("5-lettrés Damsi" en clastre) est en vente, là où on trouve des livres. La Volte réédite, avec un plus évidemment : le FOL -film original du livre- Radmovies.
Alors ? Prises de vitesse. Fin de cycle. Neuve tangente. Les mots qui s'articulent en vertèbres. Science-fiction politique d'hommes debout.

Ce livre est l'alpha des voltés. Il faut s'en saisir, d'autant plus absolument que l'intensité politique est à son comble.
On (re)lit.

Le site de la Zone
(qu'on dira pas qui l'a fait :p)

Le poète Vincent Wahl défend la Zone :

"À Cerclon, colonie modèle installée sur un satellite de Saturne, vivent 7 millions d’exilés d’une Terre presqu’anéantie par les guerres. Dans cette société utopique qui veut réaliser concrètement l’égalité des chances et la fluidité de la démocratie d’opinion, on travaille peu, on se distrait beaucoup, un bon tiers de la population est payé « pour être agréable aux autres », le confort et le niveau technique font mieux que moderne, les multinationales, se nomment Défordre. La paix sociale est scellée par un classement généralisé des personnalités, des efforts civiques et des talents, réputé modèle de transparence, censé assurer l’allocation optimale des rôles sociaux, des emplois, des rémunérations. Les places de ce classement, les identités mêmes sont remises en jeu tous les deux ans, occasion d’une période d’instabilité organisée, suivie de grandes fêtes qui cimentent la société. La surveillance est totale, préventive, discrète."

28 octobre 2006

Genre Limite > P

La science-fiction s'écoute. Si.
Avec les mots, c'est déjà souvent limite. Alors avec du son... ;
ça donne un genre, comme ça.


Extrait de la présentation officielle :
"Philippe Curval contera la relation tragi-comique d’un humain et d’un extra-terrestre, accompagné de la création sonore de BeNe GeSSeRiT / Jacques Barbéri et PALO ALTO (Philippe Perreaudin, Denis Frajerman) illustreront son texte Fais voile vers le Soleil / Laurent Pernice, contrebasse et sons synthétiques, accompagnera le texte de Frédéric Serva Petites musiques entêtantes, lu par Mireille Pena. "


Soir du 2 novembre, 20h30, Lieu Unique, Nantes.

05 août 2006

Pollen > P


Je viens de finir Pollen. De Jeff Noon. Déniché et publié par la Volte.

Vous êtes prêt ?

C'est un livre où les espèces se mêlent sans se soucier des convenances. Grâce à Fertilité 10, tout est concevable. Sans limite. Hybridation généralisée : chien-homme, robot-flic, enfant-zombi, réel-rêve, vérité-ombre, ombre-flic, taxi-amour, flore-faune, et même l’inconcevable…mère-fille !

Dans cet univers de fertilité et de mixité débridées, ce sont des femmes qui mènent la danse :
- Belinda, une X-Cab amoureuse qui coupera peu à peu tous les fils de sa vie
- Sibyl Jones, alias Smokey, sa mère, une ombre-flic incapable de rêver et décidée à aller jusqu’au bout
- Perséphone, l’enfant-fleur qui répand l'amour, la mort et les grains de pollen.

Ces femmes sillonnent Manchester dans un road-trip urbain qui les charrie de l’endroit du décors -la carte rassurante des taxis X-Cab- à ses envers : le monde du rêve qu’on appelle le Vurt, des coins d’Ombre que ne perçoivent que quelques dodos, l’interzone où rampent les zombis. Elles croiseront des hommes et des chiens de valeur tandis que, pendant ce temps, des fleurs violent et tuent !

LISEZ !
C’EST DE LA BONNE !

12 juin 2006

Des mots qui vont ailleurs > P

Là-bas, mon nom est Azbael Cathar-Mor. Entre autre Loki l'Oaken, Fregius, Narf, Cysleith, Fimbrethil, Boulègue, Hermès Faxanadu et animal du même genre.

17 mai 2006

Ivadeh, mère de Til > R

Ivadeh est jeune, encore jeune, malgré l'âge, trente-trois années déjà, malgré les longs pleurs versés sur un amour passant, malgré la sollicitude, même rare, surtout rare, malgré la vie des jours comme les autres quand elle peine pour quelques seaux d'eau, deux oeufs et ce qu'il faut de légumes pour un bouillon, malgré le bonheur des autres qui quelquefois la transperce, malgré elle, car elle est mère avant tout et Til, son fils, lui a offert un songe ; il a dit : man, t'es si jeune que la terre t'a vue naître il y a treize ans, avant elle savait pas que tu vivais, tu étais trop légère, tu faisais pas le poids, c'est quand ton ventre m'a porté que tu as appuyé sur la terre assez pour qu'elle sache ton nom, Ivadeh, et combien tu lui es chère.

Trente trois ans pour les hommes et treize pour la terre, je donnerais cher au change, pense-t-elle en frappant le linge qu'on lui a confié ce jour sur la pierre du lavoir. Ivadeh n'est pas faite pour dormir seule, elle est encore la nuit une simple fillette assaillie de craintes et de visions terrifiantes. Mais le change n'est pas fait pour les lavandières.

Ivadeh vit sur les bords de l'Irs, dans une cabane de paille et de torchis. L'idée ne viendrait à personne de bâtir en dur en cet endroit où la rivière sape continuellement les efforts des maçons. Sauf peut-être à un thaumaturge, mais ça ne compte pas.

Elle se débrouille. Ils mangent, avec son fils. Til a grandi. Déjà, sur la place de Donge, on a donné un sobriquet à sa langue pendue. L'ensongeur.
Til l'ensongeur. Elle en est fière. Ca lui va, comme à son père, mieux déjà parce que lui savait le pouvoir des mots, elle y a succombé, et d'autres, tandis que Til sait la puissance de la parole.

Son fils est du pays, un pays où l'eau et la terre s'entremêlent.

Carreau de mosaïque 5-2

18 avril 2006

La comptine > R

Une rive, deux rets, nous irons chanter,
Trois rimes de lais,
À la fin vingt vint, cinq et quatre vingt
Six livres, c’est elle, nous irons danser,
Huit pas de côté,
À la fin vingt vint, cinq et quatre vingt

Une rive, deux rets, nous irons chanter,
Trois rimes de lais,
Six livres, c’est elle, nous irons danser,
Huit pas de côté,
Or neuf, c’est l’aulne
Qui vit sous nos pieds.

À la fin vingt vint, cinq et quatre vingt

Carreau de mosaïque 9-1

L'Irs > R

L’eau vive vient de l’Irs. Capricieuse et rebelle, la rivière prend garde à se mêler à l’eau plate des marais. Quand elle franchit la ville, on la dirait en escapade. Elle grimpe sur les rochers, saute au premier rebord et éclabousse les murets qui bordent son cours. Il y a des siècles, des hommes ont jeté un pont, un ouvrage de quelques pierres et surtout de bois, qui enjambe l’Irs à un endroit où la terre se resserre, où la rivière s’affole, fait un coude puis se jette dans une furieuse cascade, pressée d’échapper au piège.
Ils l’ont appelé le pont des Saules.

Les racines de l’Arbre plongent pour moitié dans la butte et pour l’autre moitié directement dans les courants de l’Irs. Les enfants de Donge savent tous ce qu’en dit la comptine.

Carreau de mosaïque 1-3

Donge > R

Au printemps, quand revient le temps des foires, Donge prend les allures d’une petite ville mais le reste de l’année, elle s’en tient à un gros bourg ramassé autour d'un terre-plein appelé la place des fontaines, contre les pierres bigarrées du beffroi du Féti. Quelques demeures s’accrochent à d’imposants rocs de granit qui renvoient des lueurs bleutées au soleil. L’ardoise recouvre les toits en tabliers d’écailles.

La bise descend depuis l’aube jusqu’à mi-matin. Elle vient, dit-on, d’aussi loin que Silgomias, la grande ville d’où viennent également les étoffes, les huiles et les mauvaises nouvelles. Il ne faut que trois jours à pieds pour s’y rendre, et beaucoup de courage. Car il n’y a pas d’autre chemin que celui qui traverse l’Ardella-Silane.
La forêt des grands chênes.

Située à près d’une demi lieue de la lisière des bois, Donge conduit la route dans le pays d’Eaux. La terre s’y enfonce lentement, laissant submergées d’interminables étendues d’herbes et de roseaux. C’est un pays de mousses, d’anguilles, de vaches et de bateaux.

Carreau de mosaïque 1-2

09 avril 2006

Mazette ! > P

Record d'affluence le 4/4/2006 : 45 visiteurs, 121 pages vues !
Mazette : 1. (1622) Mauvais petit cheval 2. (1640) Fam et péjor. Personne qui manque de force, d'habileté, d'ardeur 3. (1880) Expression d'étonnement ou d'admiration

30 mars 2006

L'arbre > R

L'être est noueux, comme si la sève, en poussant, avait percuté un air chargé de résistances, et avait dû forcer pour mériter la vie. Le tronc épaissi dans les siècles s’enserre plusieurs fois lui-même.
Il ne porte aucun nom. Les gens, ici, disent simplement «l’arbre», tout le monde comprend. Il paraît plus vieux que la butte qui le porte, et c’est lui qui semble à son origine dans ce lieu d’inhospitalité.

Grue-de-Bois -on ne le voit plus guère de nos jours- dit que la terre est venue après, qu’elle est une immense agglomération entre ses racines. Il prétend que les deux ramures de l’arbre, celle qui tient le sol et celle qui tient le ciel, figurent l'harmonie. A croire le vieux, il y aurait neuf arbres, en tout et pour tout, dans l’univers. Le reste, ce ne sont que des rejetons de forêts.

Ce qui fait de notre village un endroit particulier, parce qu’on y trouve un des neufs, sur les bords de l'Irs, précisément là où les filles chantent et battent en choeur le linge.

Note : ce récit forme un carreau dans la mosaïque d'un prochain univers.
Carreau 1-9

14 mars 2006

Le bourdon cesse à cent-mille > P

C'est une case grise. Vous pouvez la trouver là. Il reste de la place autour.

12 mars 2006

11 mars 2006

Space buzz > P

Coordonnées dans l'espace :
X=77, Y=0

09 mars 2006

Pachelbel vs Funtwo > V

Johann Pachelbel est connu du public contemporain essentiellement grâce à une mélodie, le «Canon et gigue en ré majeur pour trois violons et basse continue».

C'est là qu'intervient Funtwo, un jeune guitariste de chambre anonyme et recycleur*... (*l'arrangement est de Jerry C)

Let's gigue again !


(encore ? Voilà une version téléchargeable... et pour les intimes, j'ai sous la main une version mp3 très correcte- merci Dan !- n'hésitez pas à m'en faire la demande par mail )

23 janvier 2006

Eveiller > G

Cela fait longtemps que je voulais le mettre là, le géant Obey.
Je l'appelle le visage du Geis laid (en tant que Geis collectif, la campagne ObeyGiant est un modèle du genre).

Attention ! Ne pas se méprendre ! Ce n'est pas que j'exècre l'obéissance ; elle n'est qu'un instrument. Refuser l'obéissance pour l'obéissance revient à s'acharner sur un objet avec la vue basse des hormones adolescentes ou des croyances rebelles.

La véritable difficulté de l'obéissance, c'est qu'elle pose intrinsèquement la question de l'autorité légitime. Par conséquent, la question des finalités. La sienne. Celle de la communauté sociale. Celle que l'on attend d'une relation humaine.

Evidemment, elle peut aussi ne rien poser du tout. Devenir une routine. Prendre, lentement, le visage de la laideur.
Et nous, s'éteindre.

Ce qui me conduit à opposer à l'obéissance non son contraire, mais le principe de l'éveil.

Eveiller*.
Le plus valeureux des Geis.

*Dit en langue, ce serait : Que tu t'éveilles d'obéir !

21 janvier 2006

Vãc > P

Les textes védiques* disent de la parole qu'elle marche avec les dieux (Tous-les-dieux). Qu'elle les porte. C'est "une femme nommée Vãc qui affirme être le fondement de l'Univers".

C'est moi, de moi-même, qui prononce ce qui est goûté des dieux et des hommes. Celui que j'aime, celui-là, quel qu'il soit, je le fais fort, je le fais brahman, je le fais voyant, je le fais très sage. (1)
Et moi qui suis druis, homme de parole, je dis :
A l'origine donc, était Vãc**, Voix, Verbe qui scella l'entente des hommes et des dieux.
Scel originel, celui dont tout découle. Son enjeu est immense, pas moins que l'immortalité. Mais que l'on ne s'y trompe pas ! Il s'agit d'une immortalité conjointe, d'un échange obligé suivant le principe du don et du contre-don (2). Je te donne l'immortalité, tu me rends l'immortalité, et ainsi de suite, jusqu'à la fondation du monde.

* Rigveda
** Ensuite, et seulement ensuite, vinrent les runes... ;)
(1) G. Dumézil, Les dieux souverains des Indo-européens, NRF, Paris 1977
(2) Cf. M. Mauss :
obligation de donner, recevoir et rendre, kula, potlatch, mana, hau

19 décembre 2005

Résistance multiverselle > R

On dirait un rêve. Déjà je suis une fille et en soi, c'est un signe de rêve assez remarquable. Je suis officier subalterne dans une armée de conscrits. Nous bivouaquons dans les locaux désaffectés d'une entreprise récemment ultramoderne, en compagnie de toutes sortes de civils, des vieux, des jeunes, des cassés, des roulants. Il règne une atmosphère de chaleur, presque d'humanité.

On me donne l'ordre de me rendre dans le hall d'accueil. Chercher une missive ou quelque chose dans le genre. L'attaque a lieu tandis que je traverse un pont tubulaire reliant deux murs de verre. Des hommes glissent du ciel, effroyablement silencieux. Cette extrême discrétion me paralyse ; j'ai l'impression d'être déjà morte. Je me cache un moment, puis je reviens sur mes pas, vite, aussi vite que possible. Donner l'alerte. Dans ma tête, je crois entendre à chaque seconde l'enfer qui se déchaîne.

Je cours à perdre haleine. Mais le silence s'éternise. C'est comme si le reste de mes compagnons avait été anéanti. Les nôtres n'offrent pas de résistance. Devant moi à environ cinquante mètres, une porte incendie pivote et vomit plusieurs paquets de civils affolés. Une cour nous sépare. Je leur fais signe de me rejoindre. Quelques uns m'aperçoivent mais leurs yeux semblent vides. Avant que j'ai le temps de faire un geste, une nuée de balles s'abat sur le sol. Tous tombent, tous.

Je ne suis parvenue à m'échapper qu'à la manière d'une souris. Mon arme est inutile. Je ne vois pas l'ennemi. Je m'accroupis plus loin au pied d'un escalier que descendent des hommes et des femmes hagards. Encore une volée de marches et ils seront à mes côtés. Un jet de flammes jaillit d'une brèche dans le mur, sur la droite, et enveloppe les deux premières silhouettes du groupe qui fondent sur place, lentement, sans cri. Ce sont les autres, derrière, qui hurlent.

Je fonce. L'arme au poing. Vers la brèche. Un nouveau jet en sort qui lèche la rambarde. Je me jette, sans réfléchir. Le combat est très bref. Le soldat, surpris, n'a pas pu se défendre. C'est un uniforme brun. Je récupère son lance-feu et je prends la tête du groupe d'éclopés. Il y a deux roulants et je me demande comment ils s'y sont pris pour descendre les marches. Par la peur, j'imagine.

Nous avançons péniblement entre les hangars. J'estime nos chances à : archi-nul. Quelques coups de feu crépitent au loin. On dirait plutôt des mises à mort. J'ai cramé deux bruns, des soldats qui riaient déjà de nous massacrer. Je les ai cramé jusqu'à la fin du réservoir. Nous avons repris notre marche. Il y a un gamin dans le lot, qui ne doit pas avoir plus de six ans. Il donne la main à un vieux et pourtant, ils ne semblent pas se connaître.

J'ai découvert au milieu d'un passage, sous une armature de poutrelles, un katana. Je savais que c'était un rêve ! Un katana n'a foutrement rien à faire dans cette scène. Je me suis saisie de l'arme blanche, à pleines mains. Pour résister. Jusqu'au bout. Se battre et résister.

A regret, la scène a fondu.

13 décembre 2005

Le vol de Salidar > R

L'homme se redresse, une fois de plus. Il s'imagine ailleurs, pour un instant, assis dans une chambre parfumée devant le miroir d'une coiffeuse, une pièce luxueuse où lui fait face un visage cireux, cousu de poils blancs. Son reflet de l'âge. Cette brusque montée de mélancolie lui arrache un sourire. Il ne sera ni roi, ni père, ni vieillard. Dans peu de temps, il sera mort.
Campé sur ses pieds, il peine à seulement tenir debout. D'ordinaire si légère, son armure est devenue une entrave à ses gestes. Une sueur âcre coule de son front et se mêle à la brume acide qui l'entoure, lui brûlant les yeux chaque fois qu'il s'efforce de les tenir ouverts. Son flanc droit, poisseux, reste le seul endroit de son corps qui ne soit pas une fournaise. A quelques pas de lui, un rire dément s'élève, un cri de victoire qui mue lentement en une litanie tout à la fois grave et stridente, marquée par un fort accent mulhandorien :
- Vois, Salidar ! Tes boyaux s'en retournent à la terre avant toi ! Ils sont pressés de connaître la saveur de mes épices, tes jolis boudins noirs. Sois sans crainte, humain ! Je les réserverai à des hôtes de marque.
A nouveau, le rire fuse, avant que son écho ne sombre dans un puits de haine.
L'homme est maintenant à genoux. Il tremble par longues saccades. Il ne sent presque plus ses doigts crispés sur le pommeau ciselé d'une longue épée dont la lame, couverte des symboles du feu, demeure pourtant terne et froide. Il sait que frapper est devenu inutile, que chaque blessure infligée à cet adversaire se referme aussitôt. Il sent sur lui l'haleine de la créature et s'étonne alors qu'il perçoit l'odeur entêtante d'une fleur. Une gentiane.
- Vois Salidar ! Tu verses tes dernières eaux. Tu es une catin qui accouche seule, à l'écart des siens. Pauvre guerrier ! C'est la mort qu'expulse ton ventre infécond.
L'homme replie sous lui ses jambes molles. Il lutte pour garder conscience, pour ne pas s'enfoncer dans ce corps qui se meurt. Le rire résonne, encore, au-delà de tout ce qui est humain. Il n'écoute plus. Dans un état second, il appelle un passé qu'il sait enfoui au plus profond de son âme. Ils viennent à lui sans qu'il attende, même une seconde, écartent le doute et repoussent loin de lui l'ombre du néant.
Il y a d'abord Akzat, la Montagne Blanche. Les autres se tiennent derrière, dans le souffle glacé de la steppe. On entend les pleurs d'Abazzi, la petite mère, les chants rauques de la vieille chamanka, l'odeur âcre du Feu des âmes. Puis c'est Ourzane qui se pose à son côté. L'homme sait que l'aigle comprend son souhait de ne pas aller sur le toit du monde. Il veut trouver ces pareils, ces étrangers qui portent son sang et que l'Arbre creux lui avaient supplié d'attendre. Les dieux veuillent que tu les rejoignes ! murmure la chamanka.
Le rire a fini par se taire. Ouvrant les yeux, l'homme croise le regard malsain du démon qui l'observe, intensément. Rendu inquiet par la quiétude de sa proie, le monstre ne prête pas attention à l'aigle qui s'incarne mystérieusement au seuil de l'éther.
Lorsque Ourzane déploie ses ailes, l'homme qu'on appelle Salidar le loup gris meurt dans le plus profond silence et la totale incrédulité de celui qui fut autrefois intendant de la déesse des tortures, Sakoul, Impérieux des abysses, démon des origines. Immortel.

Breuvage > P

A l'ami qui me confiait, il y a quelques jours, qu'il sent sa vie lui glisser des mains, je recommande qu'il la porte à la bouche.