13 décembre 2005

Je viens d'hiver > G

La neige arrive, regarde ! On dirait un vol de parachutes. Les tuiles se cachent au fond des trous. Attends, tais-toi ! Ecoute ! Au loin... Une berceuse... C'est peut-être la première, l'air que chantaient les mères originelles pour apaiser la fusion des éléments.

La neige repose comme la mer repose.
Elle grise tellement il y a de blanc.

Pourvu qu'avec tout ça je sois
encore d'hiver, moi qui en vient.

04 décembre 2005

Choir > G

Coucher un mot endolori.

17 novembre 2005

Quatre par Trois > V

Fleur se met en quatre par trois (ou au moins en un trois quart par trois), et tout ça pour l'amour des jeux...

Prise en flagrant délit de déroulement vertical au 190, rue des Pyrénées à Paris

15 novembre 2005

Variance de liaison linéaire > G

SCEL se lit : "somme des carrés des écarts dues à la liaison"

SCEL = S ( Yiest - Ymoy
Formule qui fait de lui un mot variant.

Yak, traceur ! > P

Vendredi dernier, la Horde du Contrevent a obtenu le prix du Roman francophone du Grand Prix de l'Imaginaire, décerné dans l'enceinte des Utopiales (dernier message avant la fin du monde).

Je saute sur l'occasion pour vous réinviter à un vieux scel -15 décembre 2004 !- sur l'ouvrage cosmologique dont il s'agit.

Pour l'avoir brièvement rencontré et plusieurs fois écouté, je ressens qu'Alain Damasio est ce genre d'humain qu'il serait, pour quiconque vit sur cette terre aux environs du début du XXIème siècle, véritablement dommage d'ignorer.

Envoûtement > G

Il subsiste d'un long week-end aux Utopiales une poignée d'images, de sons et de mots. Mais la plus rémanente des émotions provient d'une scène à proprement parler fantastique où des automates aux mains douces envoûtent une jeune fille pour l'ombre de sa mère. Et les coiffeuses mécaniques accomplissent leur rituel sur la mélopée de The Carpenters :

Why do birds suddenly appear everytime you are near ?
Just like me, they long to be close to you.
Why do stars fall down from the sky everytime you walk by ?
Just like me, they long to be close to you.

Je ne parviens plus à me séparer de cette scène, mais la réalité c'est que l'entière histoire est profondément liante. Elle est née, il est vrai, de vieux auteurs de rêve.
Le Geis a pour nom :
MIRRORMASK

04 octobre 2005

Radioactivité > V

Sur la porte du laboratoire

(là où j'écris)

06 septembre 2005

La forêt signe > P

SIXIÈME DÉCLARATION DE LA FORÊT LACANDONE
"Ceci est notre parole simple qui cherche à toucher le cœur des gens modestes et simples comme nous, mais aussi comme nous, dignes et rebelles. Ceci est notre parole simple pour parler de ce qui a été notre parcours et où nous nous trouvons aujourd’hui, pour expliquer comment nous voyons le monde et notre pays, pour dire ce que nous pensons faire et comment nous pensons le faire, et pour inviter d’autres personnes à marcher avec nous dans quelque chose de très grand qui s’appelle Mexique et quelque chose de plus grand encore qui s’appelle monde. Ceci est notre parole simple pour faire savoir à tous les cœurs qui sont honnêtes et nobles, ce que nous voulons au Mexique et dans le monde. Ceci est notre parole simple, parce que c’est notre idée d’appeler ceux qui sont comme nous et nous unir à eux, où qu’ils vivent et luttent."
La suite est à lire .


Un vieux scel sur la forêt Lacandone.

05 septembre 2005

Malédiction d'intangibilité > P

Les spectres dans la ville vivent à côté du monde, sur les bords. Ils veulent plonger dans l'eau vive. Sentir le monde à même une peau enfin vraie. La nuit venue, même le jour, ils parlent, à bout de clavier. Chacun sa ritournelle, son air du vieux pays.
Pour dire ?
A la différence de leurs cousins de village, les spectres de la ville ne sont pas des mort-vivants mais des mort-nés. Ils doivent se faire connaître pour devenir tangibles.
Si je parle, c'est d'abord que l'on ne me voit pas, soufflent-ils parfois à qui les visite.
Quelques uns prennent vie de cette manière.
Et rejoignent le monde.
Ce monde qui coule au milieu et dont le miroir de l'eau ne leur a pourtant jamais rendu d'image.

30 août 2005

L'antan presse > V

J’ai parcouru un jour une ville imaginaire où vivait le descendant d’une race aussi petite qu’ingénieuse. Il portait sous la barbe un sachet en cuir bouilli empli de crottes de bique et d’herbes pilées. Son nom ne m’est pas resté. Il vivait de nuit, dans la cave d’un magasin où il avait entreposé sa raison d’être, qu'il restaurait. Un leg de clan. Il s’agissait d’une presse, un engin terrible qui écrasait les pièces de fonte à une cadence infernale d’industrie. L’encre était épaisse. Chaque feuillet pesait sûrement cent grammes et s'intitulait : L'Antan.

La Table Ronde > P

Voilà 20 ans que des joueurs se laissent torturer par mes bons soins, essentiellement à coup de D20, c'est dire s'ils sont maso. Pour l'alcool, je n'ai pas trouvé meilleure Table que celle-là.
Incapable de me souvenir où je l'ai dénichée, alors... à la santé de son auteur !

--- TABLE DE (NON)RESISTANCE A L'ALCOOL ---
Une dose d'alcool (une pinte de bière par ex.) nécessite un test de résistance à l'alcool (vigueur). A chaque échec, le personnage passe à un niveau supérieur dans la liste qui suit :

  • INTELLIGENT (niveau 1)
Vous devenez subitement expert dans tous les domaines du monde connu. Vous SAVEZ tout ! Vous souhaitez naturellement dispenser l'enseignement de votre science à toute personne voulant bien vous écouter. A ce stade vous avez TOUJOURS raison. Et bien sûr la personne à qui vous parlez est totalement dans le faux.
L'argumentation devient d'autant plus intéressante quand les 2 parties sont INTELLIGENTES.
Malus de 4 à tous les tests dépendants des caractéristiques intellectuelles ou mentales
Votre personnage a découvert que se resservir à boire rend intelligent : malus de 4 au prochain test de résistance à l'alcool.

  • BEAU (niveau 2)
Vous réalisez soudainement que vous êtes la personne la plus attirante de toute la taverne /bar /spatioport et que les autres vous envient ou vous désirent. Vous pouvez parler à n'importe qui : il /elle est en fait fou /folle de votre corps. Gardez à l'esprit que vous êtes INTELLIGENT depuis le niveau 1 et que votre capacité à discuter sur n'importe quel thème ajoute à votre charme irrésistible.
Effets du stade 1 + malus de 4 à tous les tests dépendants du charisme.
Autant de personnes en adoration ne rendent pas suffisamment hommage à votre beauté; vous augmentez la dose du divin élixir. Malus de 8 au prochain test de résistance à l'alcool.

  • RICHE (niveau 3)
Vous êtes la personne la plus riche du monde. Vous pouvez payer des tournées à toute la taverne car vous avez un fourgon blindé rempli à ras bord d'argent garé derrière la cour. A ce stade vous pouvez parier sur n'importe quoi car vous êtes toujours INTELLIGENT et, tout naturellement, vous allez gagner tous vos paris. D'ailleurs, les montants des paris importent peu car vous êtes RICHE. N'oubliez pas de payer des verres aux personnes qui vous désirent à moins que vous ne les invitiez dans un endroit hors de prix, car vous êtes, on le rappellera jamais assez, BEAU.
Effets des niveaux 1 et 2 + tests d'intelligence avec un malus de 8 pour vous empêcher de jeter votre argent par la fenêtre par tous les moyens que vous propose le MJ.
Chaque goutte d'alcool vous rend plus riche. Malus de 12 au votre prochain test de résistance à l'alcool.

  • INVULNERABLE (niveau 4)
Rien ne peut vous atteindre ! Vous êtes prêt, désormais, à vous battre avec n'importe qui, spécialement avec les tarlouzes avec qui vous avez parié et discuté précédemment. Votre INTELLIGENCE vous permet de déceler les crétins qui méritent de subir votre juste courroux. A ce stade vous pouvez aussi aller provoquer le partenaire des personnes qui vous désirent. Vous ne ressentez aucune crainte. Vous êtes INVULNERABLE, plus RICHE et merde plus BEAU que tous ces minables rats de comptoir !!!
Effets des stades 1 à 3 + toutes les personnes présentes font un test d'animosité avec un malus de 8 à votre égard.
Malus de 4 à tous vos tests physiques
Si vous n'êtes pas déjà en train de vous battre, malus de 16 à votre prochain test de résistance à l'alcool.

  • INVISIBLE (niveau 5)
Vous avez atteint le stade final de la cuite. A ce moment vous pouvez faire tout ce qui vous passe par la tête car PERSONNE NE PEUT VOUS VOIR ! Vous pouvez danser sur une table pour impressionner les personnes qui vous désirent. Vous pouvez aussi peloter qui vous voulez car vous êtes BEAU. Vous êtes aussi INVISIBLE aux regards des personnes qui, malgré votre INVULNERABILITE, veulent se battre avec vous et rien ne vous empêche de sortir et de beugler dans la rue des injures particulièrement INTELLIGENTES et bien senties envers les autorités puisque personne ne vous voit ni ne vous entend.
Effets des stades 1 à 4 + une chance sur deux de faire toutes les conneries que vous propose votre MJ adoré.
Vous voilà parvenu à la fin de votre quête !
BOOOEEEEEEEUUUURRRRRRRRRRRRPPP, cri de la béatitude ultime.

23 août 2005

Protoxide > G

"Protoxide : composé des éléments métalliques et de l'oxygène dans lequel l'élément combiné est à son degré d'oxydation minimal."

L'énoncé correct des lois de physiques repose sur certaines idées peu familières dont la compréhension nécessite parfois l'usage de mathématiques avancées.
Ce procedé d’enseignement est curieusement semblable aux démarches initiatiques que les anciens dressaient sur le chemin de la connaissance (Eleusis et ses mystères). En clair : la capacité à comprendre les idées d'un ensemble conceptuel supérieur repose sur la parfaite maîtrise et l’assimilation de l'ensemble conceptuel précédent.

Ce processus d’acquisition du savoir choque le principe d’universalité. Universel donc accessible à tous. Pour autant, il est aisément admissible qu’un étudiant en cinquième année de physique dispose d’outils de compréhension des lois physiques bien plus élaborés qu’un lycéen. L’efficacité de l’enseignement s’appuie sur cette hiérarchie des savoir.
Et alors ? Que dire d’une science qui ne sait plus se faire comprendre du profane ? Qui se résigne à un latin moderne ? Qu’elle rentre dans le giron des plus vieilles organisations humaines, sectes, églises, armées, où le savoir est au bout d’un chemin de croix.

Si le langage profane est trop pauvre, savants, inventez ! Inventez des mots nouveaux, des mots simples, des concepts denses ! Que le langage puisse parler des lois de la physique, même mal, même à demi car, enfin, la connaissance ne peut être durablement savante. Elle n’est vraie qu’universelle.

21 août 2005

Les brèches > P




Pont de la Reine Jeanne (brèche)

Il y a une constante entre les lieux innombrables qui appartiennent au sacré (à la magie). Ce sont des lieux de passage (incorrectement nommés "points de passage" par des explorateurs trop hâtifs ; un point relève d'une entreprise de localisation mais ne peut en aucune manière se confondre avec le lieu dit qui peut d'ailleurs bouger ou n'exister que par courtes périodes).

Ces passages, ou brèches, relient les deux univers essentiels : celui des hommes et celui des dieux. Là où la culture établit une démarcation impérative, le sacré fait promesse d'atouchements. Il ouvre, lie et transfigure. C'est aussi la raison pour laquelle son expérience comporte un danger de disparition.

Voici quelques modèles de brèches : pont, rivière, oeuvre d'art, disons un tableau ou mieux, une tapisserie, récit, chant, instant d'amour, le croisement de deux regards, lune, pleine ou entière, écoulement de sangs, porte, arbre, église vide, fête, douleur, évanouissement, tombe, plutôt un tumulus, freux, vers. Fou rire. Lutte. Grotte ou baume.

Voici encore des brèches avérées, parmi celles dont j'ai pu constater personnellement l'existence : le pont de la Reine Jeanne (Haute Provence), la Pierre Ecrite (plateau de Saint-Geniez), la traversée Marseille-Bastia par grosse mer, une statue animale dans la salle assyrienne du Louvre, un conte de Vampire avec bougies par Estrella herself, une bouffée de Marie-Jeanne dans une chambre de campus à Pullman WA, une course avec toubib dans la nuit parisienne au volant d'un camion-poubelle, la nouvelle UNDR de Borges, Zone, Le Pont Mirabeau d'Apollinaire ainsi que la seule Réponse des cosaques zaporogues au sultan de Constantinople, une bouteille d'Armagnac, un petit carnet noir enrobé de plastique, un chant d'ondes basses, la voix de R-S-TBAR qui vient de l'autre bout du monde, un filtre à café estampillé par la Poste, un froid d'hiver qui glisse sur la peau la nuit dans les Alpes du Nord.

J'ai la conviction que toute oeuvre humaine réelle fait brèche.

---CONTROLE---
1) Note (1 point et demi)
Exemple : "Par delà l'apparence, une brèche se réfugie dans l'invisibilité".

2) Noms historiques ou savants (5 points)
Omphalos : nombril du monde grec (Delphes)
Nemeton : sanctuaire gaulois
Axis Mundi : cosmos vertical

3) Exposé de subjectivité (12 points)
Citez un lieu ou une chose dont vous avez pu constater qu'il s'agissait d'une brèche. Donnez une description précise de l'expérience du passage. Quelle conclusion en avez-vous tiré ?

4) Aphorisme (3 quarts de point)
LA MAGIE EST DE BRECHE

28 juin 2005

Toises > G

Une mine toise deux livres trois
Sans prise liant le corps vaque
Toute voix tue en mise-à-sac
Quatre lignes tombes des mots rois.

27 juin 2005

Barchanes > P

La Voix des djinns coule du sable.
Un son de basse fréquence, à la limite de l'audible, puissant et monotone. Quelques centimètres de désert dévalent une pente trop inclinée, la dune chante.
"Autosynhronisation des grains", souffle le savant. Un son accordé sur l'écho du sable.

Mesure de la musique dunaire :
Puissance : 110 dB
Fréquence : 100hz
Taille de la dune : 45m de haut, 500m de large et de long
Taille des grains : 160µmb

Les dunes de chant sont des barchanes (dunes à forme de croissant).
Des barchanes géantes.

29 mai 2005

Non > P

Aujourd'hui :
NON

24 mai 2005

Abolir > G

"Il n'y a qu'un moyen d'abolir la guerre entre les peuples, c'est d'abolir la guerre économique entre les individus, le désordre de la société présente."
Jean JAURES

21 mai 2005

L'eau régale > G

L'or résiste aux acides sauf à l'eau régale.

10 mai 2005

L’option du constructeur > R

Il avait la quarantaine blanche. On aurait dit un de ces êtres qui se sont échoués sur leur propre vie. Ses amis l’appelaient Junas, un surnom qui s’était accroché à lui au passage de ses dix-huit ans. Humant une giclée d'Arnavol, Junas relut le message pour la vingtième fois : "K.D.H. à M. Antoine L----- Offre d'achat des titres en votre possession identifiés sous code GR7ASF-06 au prix unitaire de 788 eurs, valable 15 heures, Horodatage Mercur. Réponse souhaitée. Cord." Il se mordit la lèvre. Son conseiller de gestion personnelle lui avait confirmé voici trois quarts d’heure qu'il possédait effectivement onze mille cent douze des titres en question. Un rebut de l’héritage de sa grand-mère. A l’époque, l’ensemble avait été valorisé au montant d'un voyage orbital en seconde, autant dire presque rien. Et là... Junas avait du mal à encaisser. Cela semblait trop beau. Qu’il puisse vraiment commencer sa vie... Sortir de l’humanité invisible...
La bouche sèche, il se décida à lancer la routine. Une voix grave grinça dans le vieux poste de réception qu'il avait acquis sur une brocante dans un sursaut imbécile d’originalité :
- Monsieur Laréverd, ravi de vous entendre ! Lorsque vous serez prêt à conclure la transaction, veuillez prononcer distinctement le mot valise qui figure en bas du message ci-joint. Cela sera à vous dans...
Il coupa. Ces types payaient peut-être le prix fort mais leurs méthodes l'excédaient. Antoine Laréverd pouvait supporter qu’on lui force la main mais Junas demandait au moins qu’on y mette les formes. C'était comme un accord tacite qu'il avait passé avec l'univers. Il était prêt à tous les compromis pourvu qu’on le respecte ! Une espèce d'étiquette qu'il avait substitué à l’éthique. Les manières expéditives, ça ne le faisait pas.
Il reprit contact :
- Je ne vendrai rien à un serveur automatique.
Il signa du doigt sur l'écran de contrôle puis se mit en veine d'attendre. Vingt-cinq minutes s’étaient écoulées quand la réponse lui fut transmise :
- Cher Monsieur Laréverd, l'analyse de votre situation fait apparaître votre appartenance à la citoyenneté de l’UELAN. Les règlements constitutionnels de l'Union stipulent expressément que tout accord commercial susceptible d'apporter un avantage aux deux parties ne peut être refusé unilatéralement. Eu égard à la plus-value anticipée, votre intérêt financier est manifeste. Nous attirons votre attention sur la nécessité dans laquelle nous nous sommes trouvés de faire intervenir notre conseil juridique en procédure d’urgence. L’offre initiale est conséquemment amputée de 47 eurs unitaires sans préjudice de l’existence d’une importante plus-value de votre part. Nous vous remercions de votre accord. Lorsque vous serez prêt à conduire la transaction, veuillez prononcer distinctement le mot valise qui figure...
Il écouta cette fois jusqu’au bout. A 730 eurs le titre, il décrochait encore le pactole. Il décida de se rattraper plus tard sur les questions d’étiquette. Dès qu’il serait riche.
Il reçut l’argent moins d’une heure après avoir signé l’acte via le protocole cinq étoiles de Notius. Il ne prit pas la peine de lire les quatre cent cinquante-neuf articles qui accompagnaient la transaction, typiquement le genre de littérature que pondent d’ordinaire les cabinets d’avocat pour les vendre aux petits chefs des grosses boîtes. De la merde. Mais il arrive que la merde parle et cette-ci avait le goût de la précision. Elle disait : « L’acceptation de la part du V. de l’offre émise par l’A. vaut également acceptation des articles 57 à 76 de la Convention de Luxembourg du 12 mai 2016 ainsi que du titre III du Protocole porté en annexe. »
Quelques semaines plus tard, Junas éclairait sa lanterne dans le bureau de son conseiller personnel, lequel s’était très vite adapté à la nouvelle situation financière de son client et avait, pour l’occasion, invité un avocat. Les deux hommes opinaient du chef de l’air entendu de professionnels qui font autorité. Junas relevait désormais de la réglementation Stravios pour l’ensemble de ses contrats commerciaux et professionnels. Exit son vieux régime de droits à la papa. A les entendre, il aurait pu tomber pire. Les petits pays avaient vite compris l’intérêt d’adapter leur droit en échange de la domiciliation de quelques milliers de filiales. Mais, mais... Existe-t-il un moyen d’échapper à cette clause, avait demandé Junas, quelque peu inquiet puisqu’il s’agissait quand même de lui en l’occurrence, pas d’un ces noms qui circulaient sur le réseau mais bien de lui, Junas ! Oui, Monsieur Laréverd. Il existe un moyen. Vous devez dénoncer l’accord. Cela suppose de rendre l’argent et de rembourser les frais administratifs que ne manquera pas de vous réclamer la partie adverse. Nous dénicherons un vice qui servira de base à la dénonciation. Inutile de vous dire que ce sera coûteux. Ruineux peut-être. Il n’y a vraiment rien d’autre à faire ? Non, Monsieur. Vous savez, le droit commercial est imprescriptible. J'ai un conseil à vous donner. Pourquoi ne pas vous emparer de l'occasion pour changer de système ? Franchement, que valent aujourd'hui les droits d'Etat ? Pas grand chose... C'est un garde-fou pour les plus démunis. Mais, vous, Monsieur Laréverd, vous ne l'êtes pas ! Rien ne vous empêche de souscrire une police privée de protection juridique. J’ai là quelque chose d’excellent, un ensemble de règles qui a fait ses preuves devant les tribunaux. Du très solide, je vous l’assure, beaucoup plus performant qu'une protection publique. Et à un prix raisonnable, moins de 80 000 eurs...
Junas signa. Il ne put s’empêcher de râler, d’évoquer l’égalité. Pour l’honneur. Le conseiller et l’avocat se regardèrent un moment interminable sans rien dire. Ce fut finalement l’homme de loi qui, tournant vers lui un beau visage satiné, effaça d’un sourire ses dernières réticences : « Dieu nous en garde, Monsieur Laréverd ! Je vous en prie. Les Réformateurs nous ont légué un certain nombre de principes... mais l’égalité... quel retour en arrière! Non, vraiment, cher ami, ce temps-là est bel et bien révolu. » Mais ce fut son conseiller personnel qui emporta, comme à son habitude, le mot de la fin. Il le prononça sur un ton insouciant, presque détaché.
« Nous sommes, dit-il, dans le Véhicule qui nous mène vers Demain. L’égalité ne fait simplement pas partie des options du Constructeur. »

09 mai 2005

Je suis un Merdjanian > P


En 1915, il y a 90 ans, la famille Merdjanian a été anéantie.

Un bref retour en arrière est nécessaire. En 24 avril 1915, six cents notables arméniens sont assassinés à Istambul sur ordre du gouvernement turc. Le génocide des arméniens commence. Le premier génocide du XXe siècle. Un génocide parfaitement accompli.

C’est d’abord la déportation et l’extermination systématique d’un groupe culturel et ethnique minoritaire. Un million deux cent mille hommes, femmes et enfants trouvent collectivement la mort. C’est le pillage et la destruction de leur patrimoine. C’est, pour les quelques centaines de milliers de survivants, la fuite et l’exil forcé vers d’autres terres que celles de la Turquie moderne. C’est enfin, et jusqu’à l’époque actuelle, la négation de l’atrocité de l’extermination.

En 2005, l’Etat turc nie toujours la réalité du génocide des arméniens, usant de tout moyen pour propager des thèses négationnistes.

Nier un génocide, c’est l’accomplir jusqu’au bout, jusqu’à sa logique ultime. C’est jeter dans le néant le souvenir de ceux qui ont été exterminés.

Les Merdjanian sont des morts sans tombe. Ils n’appartiennent pas aux archives. Ils ne sont plus rien dans l’histoire. Ils ont été effacés.

Ils étaient la famille de Johanes Merdjanian, mon grand-père, et s’appelaient :

Antranig (57 ans, son père)
Dirouhie (43 ans, sa mère),
Meguerditch (15 ans, son frère)
Ossana (12 ans, sa soeur),
Vagalchay (9 ans, son frère)
Aznive (5 ans, sa soeur).

Ils sont morts en 1915, victimes de la barbarie génocidaire des Jeunes Turcs.

---
«La Turquie s'enlise dans les voies embourbées du mensonge et elle ne peut espérer gagner du temps dans cet enlisement : le crime est imprescriptible. » Yves Ternon

Imprescriptible
Yevrobatsi
Négationnisme turque

15 avril 2005

Mots d'Alain > P

Mots d'airain et d'Alain qui m'a envoyé ce texte hier.
---

"Il pleut, c'est ma planète.

D'os, qu'un Caïn s'y prendrait pour le caïd.
Ici il pleut, c'est la planète, tout rouille
Même les mÉmoires les plus assagies.

Viens tricher un peu l'éternité a belle citrouille
Car c'est chaque soir de Baal insipide
Incolore, inodore, tristesse trop pique, les petites algues sont encore
fleuries

Il pleut c'est celle que d'autres ont préoccupé
Ma planète à l'humanoïde
Il sont partis ils n'ont rien rongé
De la craie partout, dans leurs villes

Matéo aussi sec."

08 avril 2005

Boucle temporelle > G

Remettre la lecture de cette ligne à demain

07 avril 2005

Densité > P

La densité est une variable de l'univers. Il n'en existe pas, à ma connaissance, de valeur absolue quoique les choses et créatures d'essence divine approchent selon toute évidence un sommet.
La densité cause la magie, laquelle prend effet dans le cas d'un différentiel notable. Une épée dense -évidemment, ce sont presque toujours de vieilles épées sauf au Japon mais ça ne compte pas car c'est un pays affreusement arriéré- tranche une plaque d'acier diffus comme un morceau de lard. On peut parler de magie, on peut même la simuler par une quantification. Peine perdue ; la densité est d'abord une variable qualitative.

La densité a un rapport au temps. Selon mon expérience, il s'agit d'un effet d'accélération. Tout dépend de la position de l'observateur. Du côté de la densité, le temps paraît accélerer. De l'autre, c'est-à-dire du côté du temps lui-même, on a plutôt l'impression d'être happé par un machin définitivement figé dans son quant-à-soi, ce qui se termine immanquablement par un ralentissement terrible. On peut me rétorquer que cette observation est elle-même subjective. Il va de soi que mes penchants psychologiques me placent, sans l'ombre d'une hésitation, du côté de la densité. Ce qui change pas mal de choses.

Alors, disons ceci : si la masse déforme la trame de l'espace-temps, la densité déforme la trame du temps tout court. Voilà, c'est dit. Je n'irai pas plus loin. Je n'ai d'ailleurs, depuis le début, pas bougé d'une seconde.

05 avril 2005

Cent mille ans > P

Les grands nombres sont d'arrogants filous. Par exemple, les siècles, les millénaires, en voilà qui prennent toujours un malin plaisir à laminer le temps d'une simple existence. Comme si, au final, nous n'étions rien. Ou si peu. Alors que mille ans, qu'est-ce que c'est ? Trente générations d'hommes ?
1000 ans : 30 générations
100 000 ans : 3000 générations

Eh, la 3001 ! On fait quoi ?